L'abstention, cet éternel poison européen

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Publié le 5 juin 2009.

PARTICIPATION - Le nombre d'électeurs à ne pas s'être déplacés pourrait atteindre des niveaux records.

Encore une fois, c'est l'abstention qui sera le principal enjeu de ce scrutin. Depuis trente ans, le désintérêt des électeurs du continent pour le Parlement européen n'a cessé d'augmenter. Seule la première consultation, en 1979, a enregistré un taux de participation supérieur à 60%, et encore, de justesse. Pour les scrutins suivants - les élections européennes ont lieu tous les cinq ans -, les électeurs ont été presque toujours de plus en plus nombreux à bouder les urnes: 43,3% d'abstention en 1984, 51,3% en 1989, 47,3% en 1994, 53,2% en 1999 et 57,2% en 2004.

S'il y a des risques que l'on enregistre un nouveau record d'abstention dimanche, le taux de participation aurait pu être encore plus bas sans un sursaut de mobilisation ces dernières semaines de campagne. Selon le dernier baromètre Ipsos pour 20 Minutes-SFR-Le Point, l'abstention pourrait atteindre entre 58 et 62%. Du jamais vu jusqu'à présent. «C'est une situation inédite, liée en grande partie à la crise économique et au manque de crédibilité des politiques aux yeux des citoyens», explique Jean-François Doridot, directeur général d'Ipsos.

Si la crise et son cortège de mauvaises nouvelles ont renforcé logiquement cette indifférence et cette défiance, la question des moyens de l'Union européenne pour y faire face s'est posée durant la campagne. Précisons que la France n'est pas la seule à souffrir de ce phénomène abstentionniste: tous nos voisins y sont confrontés, même des pays comme l'Espagne, pourtant particulièrement europhile, ou d'autres récemment entrés dans l'UE. En France, les politiques ont peu aidé à inverser la tendance, avec une campagne axée en majeure partie sur des enjeux nationaux, et des candidats parfois parachutés ou désintéressés de leurs fonctions.

Dans ce contexte, les bons scores des conservateurs dans les sondages pourraient être relativisés. Les partis socialistes européens clament d'ailleurs qu'une victoire est encore possible au soir du 7 juin. Ils ont raison, dans un sens : toute progression du taux de participation peut rapidement faire basculer le résultat final.

David Carzon
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