Crash du vol AF 447: «Faire le deuil d'un proche, ce n'est pas oublier»

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Publié le 2 juin 2009.

DRAME - L'accompagnement des proches des victimes débute dès les premiers instants, et chacun a son rôle à jouer à moyen terme, pour les aider à vivre avec...

En plein océan Atlantique, entre le Brésil et le Cap Vert, les recherches se poursuivent ce mardi pour retrouver les débris du vol AF 447. Dès lundi, les autorités ont abandonné tout espoir de retrouver des survivants. A Paris, les proches des victimes ne sont pas livrés à eux-mêmes, et différents intervenants se relaient auprès d'eux pour les accompagner dans l'épreuve qu'ils traversent.

Aux officiels, il revient la tâche de délivrer les informations du terrain en temps réel. Les professionnels des cellules de soutien, eux, proposent une présence et une écoute aux proches des victimes, qui cherchent aussi le réconfort auprès des autres familles, ou des associations. Une première étape dans le processus de deuil que tous vont traverser, et au cours duquel leurs besoins vont évoluer.

Présence et écoute dans les premiers instants

«Faire le deuil d'un proche, ce n'est pas oublier», prévient Marie-Frédérique Bacqué, professeur de psychologie à l'Université de Strasbourg, spécialiste du deuil et auteur de «L'un sans l’autre: psychologie du deuil et des séparations». «C'est intégrer qu'il est mort et accepter la dépression ou la tristesse inhérentes à cette perte», explique-t-elle à 20minutes.fr. Une façon d'apprendre à vivre avec la disparition, qui débute dans les premières minutes du drame.

«Il faut une présence rassurante, une écoute au sein d'un groupe qui se reconnaît», explique à 20 Minutes Christian Navarre, psychiatre et auteur de «"psy" des catastrophes». Pour ce professionnel, il est important d'intervenir «dès la catastrophe» car «la prise en charge est précoce, plus on peut éviter les situations de stress psychologique, de dépression». Après la phase de déni, il faut être présent et à l'écoute des mots qui «servent de repères».

Le réconfort des proches et des certitudes

Nécessaire, mais pas suffisant. Pour Alvaro Rendon Fuentes, président de l'Association de défense des victimes et des familles de victimes de la catastrophe aérienne du Mont Sainte Odile (Echo), «avec le recul, ce qui est le plus important, c'est la présence d'un regard ami». Les proches, la famille, ou «quelqu'un qui est passé par là». «Dans leur besoin de réconfort, les familles se rapprochent», confirme Marie-Frédérique Bacqué.

Mais lorsque l'accident s'est joué à des milliers de kilomètres, en pleine mer, il est encore plus difficile d'accepter l'insupportable. «Revoir le mort, c'est avoir l'assurance que c'est bien lui, et qu'il est bien mort», epxlique Marie-Frédérique Bacqué. Les autorités doivent donc s'efforcer de délivrer les informations les plus claires et précises possibles, «en donnant notamment des éléments de certitude et surtout sur l'irréversibilité de la perte».

Passés les premiers jours, la douleur demeure, et il convient de rester vigilant. «Quelqu'un qui restait prostré va peut être s'effondrer après», estime Christian Navarre, selon qui, «en général le deuil dure 1 an». Alvaro Rendon Fuentes explique en effet que «la recherche de la vérité» peut être longue. Une étape qu'il a connue et qui «ne permet pas de comprendre mais d'accepter ce qui s'est passé».

Une réponse collective à une douleur collective

En plus de son caractère brutal et inattendu, la violence de la situation tient également à «la notion de mort collective», selon Marie-Frédérique Bacqué. Pour la psychologue, il est donc important de mettre en place «une forme de cérémonie collective». Comme se rendre sur les lieux du drame, comme cela a été proposé aux proches des victimes du vol AF 447, mais aussi la possibilité de se recueillir. «Quand le lieu du crash n'est pas exactement localisé (...) il faut absolument trouver un moyen d'ériger un mémorial quelque part», affirme Alvaro Rendon Fuentes.

Mais quand l'accident ne fera plus les gros titres, l'enquête se poursuivra. Et les familles des passagers du Paris-Rio auront besoin de ces informations pour «connaître les circonstances et comprendre les causes» du drame, selon Marie-Frédérique Bacqué. Pour la psychologue, il faudra «prendre de leurs nouvelles et les accompagner jusqu'à la date anniversaire» du crash. Et ce jour-là, elle estime qu'il sera «important que tout le monde se rencontre à nouveau». Comme les membres de l'association Echo le font chaque année au Mont Sainte-Odile.
Julien Ménielle, avec Catherine Fournier et Maud Noyon
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