A l'aéroport, l'attente et la tristesse

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Publié le 2 juin 2009.

Sur le panneau d'affichage des arrivées de l'aérogare 2E de Roissy,

coincé entre Los Angeles et Bogota : « Vol AF 447 en provenance de Rio, retardé ». « From Rio, Delayed ». Il est pourtant 12 h 45 ce lundi de Pentecôte et cela fait déjà une heure et demie, que l'Airbus A330-200 aurait dû atterrir. Le pire n'est pas encore officiellement annoncé mais il est déjà perceptible dans la salle des arrivées, pleine de journalistes, de policiers, de secouristes, de responsables d'Air France et d'Aéroports de Paris (ADP).

Des gens attendent des passagers d'autres vols, sauf celui en provenance de São Paulo, autre ville brésilienne, « transféré » prudemment au terminal 2C. Les proches des victimes, elles, ne sont déjà plus visibles. « Elles sont prises en charge dans un local près d'ici », apprend-on. Personne ne se risque à donner davantage d'informations. Devant le bâtiment prennent position de nombreux cars régies des télévisions.

En tout début d'après-midi, une conférence de presse est improvisée au siège d'Air France. Le directeur général, Pierre-Henry Gourgeon, est nerveux. Il ne répondra pas aux questions des journalistes devant les caméras et se contente d'énumérer la chronologie des faits. Quelle que soit la cause de la « catastrophe aérienne », à l'heure où il parle, « l'avion n'a plus suffisamment de réserve de pétrole pour pouvoir voler ». Les responsables d'Air France évoquent clairement, en aparté, que l'avion a été « foudroyé » par un orage.

A partir de 14 h, c'est au terminal 2D que les proches des passagers du vol AF447 sont acheminés par autocars pour rejoindre une cellule d'aide psychologique, loin des caméras. Ils sont assistés par des pompiers et des médecins. Les uns ont les yeux rougis par les larmes, les autres portent des lunettes de soleil. D'autres ont le visage fermé, inexpressif. Une jeune fille manque de défaillir. Un homme la soutient par le bras, mais lui aussi a l'air perdu. Tous marchent rapidement, le long d'un cordon de sécurité, pour échapper aux regards scrutateurs des caméras et des badauds qui les croisent, valises à la main. Une journaliste radio se désole de la situation : « Qu'est-ce que l'on fait là ? On va quand même pas leur demander s'ils sont tristes... »

Puis, c'est au tour de Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat chargé des Transports, de venir sur les lieux. Existe-t-il encore des chances de retrouver des vivants ? « Il faut prier et espérer », répond-il prudemment. Vers 17 h arrive Nicolas Sarkozy, en provenance du Cap Nègre (Var). « Nous n'avons aucun élément précis sur ce qui s'est passé », déclare le Président, qui a passé une trentaine de minutes avec les familles des disparus, « dignes et courageuses ». « Chacun peut bien imaginer ce que peut penser une mère qui a perdu sa fille, une fiancée qui a perdu son futur mari. Je leur ai dit la vérité : les perspectives de retrouver des survivants sont très faibles. » Le chef de l'Etat a précisé qu'il reverra les familles la semaine prochaine pour leur dire « tout ce que nous savons ». Mais il a prévenu que les recherches seraient difficiles car « la zone est immense, des centaines de kilomètres ».

Hier soir, les activités à Roissy se poursuivaient normalement. Le vol Air France de 23 h 20 à destination de Rio, « presque plein », n'était par exemple pas annulé. Ce qui n'interdit pas une certaine tension. A l'image de Caroline, 21 ans, qui s'apprêtait à prendre un vol transatlantique Air France à destination de New York. « Ce n'est pas rationnel d'être inquiet vu qu'il y a peu de risque qu'un accident survienne le même jour. Mais j'ai préféré malgré tout ne pas regarder la météo. Mine de rien, j'ai une petite boule dans le ventre. » W

Alexandre Sulzer
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