« Les lecteurs en savent de moins en moins »

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Publié le 2 juin 2009.

Pourquoi l'Europe peine-t-elle à trouver un écho dans les médias ?

Il faut se battre pour faire passer des articles sur l'Europe. La télévision, notamment, ne consacre pas de sujets pédagogiques sur le thème. Ce n'est pas un bon choix, parce qu'en sous-traitant les questions complexes, les lecteurs se désintéressent de nos médias. Et en savent de moins en moins sur l'Europe.

Le fonctionnement de l'Europe reste tout de même peu accessible...

Mettre autour de la table vingt-sept pays est complexe. Mais la complexité attire un public relativement large. Sur mon blog, le billet qui a suscité le plus de commentaires parlait d'une pétition de professeurs sur l'influence du droit communautaire. Et en 2005, les électeurs se sont passionnés pour le débat sur le projet de constitution...

Comment travaillez-vous pour alimenter vos articles et votre blog ?

Je m'informe auprès des porte-parole de la Commission et du Parlement. Ils vous expliquent en profondeur chaque directive, qui a déposé tel amendement... Il faut savoir décortiquer les textes, très techniques. Un non-juriste est complètement paumé ici. J'assiste aussi au maximum de sessions, pour ne pas perdre le fil. Et c'est également dans les couloirs du Parlement, où se font les rencontres informelles, que je récupère des informations.

Comment se passent vos relations avec les eurodéputés ?

Les socialistes n'organisent plus de réunions informelles depuis leurs dissensions sur le « non » en 2005. L'UMP le fait. L'avantage de Bruxelles, c'est que 50 000 personnes travaillent ici. Résultat, quand un député ou Barroso [président de la Commission européenne] ne veulent plus me rencontrer, d'autres députés et vingt-six autres commissaires sont prêts à me parler.

Quelle est l'influence des électeurs français sur l'Europe ?

Plus vous votez, plus le Parlement est fort pour résister à la pression des lobbys. Mais il ne faut pas s'attendre à des déclarations enflammées de la part des députés, l'évolution se fera plutôt en douceur. L'Europe fonctionne sur la base de compromis.

Quelles avancées doit-on à l'Europe ?

L'Europe est à la pointe sur l'environnement avec, par exemple, la directive REACH [sur les substances chimiques]. Sans l'UE, nous n'aurions jamais eu de Grenelle, de réglementation sur les nappes phréatiques en France.

Pour Hadopi, les eurodéputés se sont démarqués des députés français. Faut-il s'habituer à ces différends ?

C'est comme ça que les débats devraient avoir lieu, au niveau national et européen en même temps. En France, on ne parle d'une décision de Bruxelles que quand elle est transcrite en droit français. Tout procède de l'Elysée et les hommes politiques comme les médias ne s'emparent pas des sujets d'eux-mêmes, quand il en est encore temps. Au fil des traités, Bruxelles est devenu un Parlement de plein exercice. Mais, bizarrement, plus le pouvoir du Parlement a augmenté, plus la participation des Français aux élections a diminué. W

http://bruxelles.blogs.liberation.fr.

Recueilli par Maud Noyon
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