TENNIS - Pendant que la Française joue au tennis, son entraîneur et père se promène autour de la Porte d'Auteuil...
Arsalan Rezai commence à s’agacer. Pendu à son portable, il ne trouve pas l’ami à qui il doit donner des places. Sur le court 1, le match de sa fille face à la Slovène Hercog a déjà commencé. Il n'en verra pas le moindre échange. Dans les gradins, seul Anouch, le frère d'Aravane, assiste à la victoire en trois sets de la Française d'origine iranienne, qualifiée pour le 3e tour 3-6, 6-4, 6-2.
«C'est comme ça, on préfère ne pas regarder, glisse le père et coach de la 57e joueuse mondiale. Il y a trop d'agitation, trop de stress. Alors, pendant ses matchs, on s'en va, on se balade pendant deux heures avec ma femme.» Direction l'hippodrome de Longchamp, pour retrouver «un peu de calme dans la nature». Au téléphone, l'autre fille de la famille, restée dans la maison de Saint-Etienne, avertit quand même régulièrement de l'évolution du score.
Toujours en famille
La joueuse, elle, apprécie le mode de fonctionnement: «Je voulais qu'il soit ailleurs. Je suis vraiment contente d'être avec mon frère. Il essaie de prendre la place de mon père. Mais mon père est là, il nous surveille.» Jamais très loin, en effet. Impossible pour Arsalan de laisser sa fille voyager sans son clan. «C'est arrivé une fois. Parce qu'il y avait un problème. On était bloqués à Marrakech. Elle devait jouer à Madrid. Du coup, on l'a laissée partir avec son frère.»
L'homme, qui rêvait de devenir géologue à son arrivée en France, à 23 ans, a toujours voulu faire de l'un de ses enfants un grand sportif. «Champion du monde, peu importe le sport.» La victoire de Noah à Roland-Garros affinera son choix. Quelques années plus tard, sa fille vient de remporter son premier titre à Strasbourg, et s'impose comme l'un des meilleurs espoirs français dans le tournoi. «Ça marche en ce moment, mais pas bien, tempère le volcanique Arsalan. Si elle entre dans les dix meilleures, oui, ça ira. C'est ça que je cherche.»
«Elle ne va pas gagner Roland-Garros»
Exigeant avec sa fille, l'homme est aussi connu dans l'univers du tennis pour ses coups de gueule et ses rapports tendus avec la fédération. «On m'a reproché d'avoir dégradé des terrains d'entraînement alors que je nettoyais les lignes», grommelle-t-il, toujours à fleur de peau, surtout quand l'attention se porte un peu trop sur sa fille. «Après sa victoire contre contre Sugiyama, il y avait 50 journalistes. C'est exagéré. Si c'était la finale, d'accord, mais là... Ce n'est pas parce qu'elle a fait un exploit à Strasbourg qu'elle va gagner Roland-Garros.» Pour une fois, Aravane ne se priverait pas de contredire papa.
Romain Scotto