Le visage fermé, Gilles Fauré est venu témoigner, hier, à la barre
du tribunal correctionnel de Toulouse. Ce manutentionnaire, responsable de la récupération et de la gestion des déchets sur le site de l'usine AZF, est le dernier à être entré dans le hangar 221, le 21 septembre 2001. Ce jour-là, il y a déversé sur le tas d'ammonitrate le contenu d'une benne. Selon la thèse de l'accusation, elle contenait des ammonitrates, mais aussi des balayures de dérivés chlorés, qui auraient pu être pelletées avec les ammonitrates issus d'un sac déchiré, stocké dans le hangar 335. Et pour son malheur, c'était la première fois en huit ans de travail à AZF qu'il allait du hangar 335 vers le hangar 221...
Mis en examen durant l'instruction, cet employé de la société sous-traitante Surca bénéficiera d'un non-lieu. Et c'est en qualité de témoin qu'il s'est présenté à la barre. « Il n'est pas question de vous mettre en cause dans quoi que ce soit », lui a rappelé le président. Et pourtant, au cours de son audition, c'est parfois sur la défensive qu'il a répondu, arguant avec force qu'il n'avait « jamais manipulé de sacs de produits chlorés ». « Mais vous avez dû être en contact avec des GRVS [grands sacs] craqués, puis lavés », insiste Claudie Viaud, procureur de la République. En pleurs, il va raconter comment un membre de la commission d'enquête interne lui apprend deux jours après l'explosion que « c'est peut-être [lui] qui a déposé quelque chose qui a fait exploser l'usine ». Il ne comprend toujours pas son non-lieu, « que l'on me dise que je suis coupable, mais pas responsable ». W