Catherine Picard, présidente de l'Association de défense des victimes
de sectes Unadfi, est claire : « Ce procès, c'est quitte ou double. » Danièle Gounord, porte-parole de la scientologie en France, l'est aussi, mais à l'inverse : « Ce procès est une hérésie. » L'enjeu des quatre semaines d'audience devant la 12e chambre correctionnelle de Paris est de taille : la scientologie, religion pour les uns (notamment aux Etats-Unis), secte pour les autres - et répertoriée comme telle en France depuis 1995 -, est menacée de dissolution sur le sol hexagonal. Deux plaignants reprochent à la branche française du mouvement, poursuivie pour « escroquerie en bande organisée », des pressions psychologiques dans un seul but : « capter leur fortune ».
« Tests de personnalité » systématiques et « dépourvus de valeur scientifique » selon des experts, « cours de réparation de vie », achat de livres, de vitamines et d'appareils censés mesurer « la charge mentale négative » des personnes... La liste des pratiques scientologues est longue. Une des plaignantes affirme avoir été ruinée en quelques semaines par ses « dons » (plus de 20 000 euros), une autre avoir été obligée de suivre des cours par son patron, adepte de la secte. Les deux disent avoir été démarchées par des scientologues alors qu'elles étaient « fragiles psychologiquement » et qu'elles traversaient des « difficultés personnelles ». Trois autres plaignants dans cette instruction, qui a débuté il y a dix ans, ont fini par retirer leurs plaintes, après transaction financière avec la scientologie. « Ils se sont désistés parce qu'ils ont été achetés ou harcelés », affirme l'Unadfi. Olivier Morice, avocat des deux parties civiles, est plus ironique : « Qu'est-ce qui peut motiver la scientologie à transiger si elle n'a rien à se reprocher ? », demande-t-il.
Pour l'escroquerie en bande organisée, le Code pénal prévoit sept ans de prison. Surtout, en plus de la condamnation de six scientologues, l'Association spirituelle de la scientologie - branche française de la secte - et sa librairie parisienne seraient dissoutes. Une issue néanmoins très incertaine, car si elle était prononcée par le tribunal correctionnel, elle devrait être confirmée en appel, puis en cassation. W