CRISE - Comme son homologue allemande, Michel Barnier s'est prononcé pour le maintien des quotas pour éviter la surproduction...
Les producteurs de lait poursuivent leur mouvement. D'après la FNSEA, quelque 12.600 producteurs de lait bloquaient ce lundi les accès de 92 laiteries en France, à l'occasion d'une nouvelle journée de mobilisation pour dénoncer l'effondrement des prix du lait et faire pression sur les ministres européens de l'Agriculture réunis à Bruxelles.
Dans la matinée, ils étaient environ 900, selon la police, à manifester dans les rues de la capitale belge, alors que les ministres s'y retrouvaient dans l'après-midi. Réunis à l'appel du European Milk Board, le syndicat européen de la profession, les producteurs venus de 10 pays de l'Union européenne - Allemagne, France essentiellement mais aussi Pays-Bas, Danemark et Belgique - sont partis de la Gare du Nord vers 11h pour se diriger vers l'est de la capitale belge, où se trouve le siège du Conseil de l'UE. Quelques échauffourées avec la police ont eu lieu lorsque les manifestants, avec tracteurs et vaches, ont voulu s’approcher du lieu de réunion des ministres de l’Agriculture.
En Allemagne, le mouvement a été massivement suivi. Selon les organisateurs, 6.500 producteurs mécontents, 3.000 selon la police, ont défilé dans le centre de la capitale. Le gouvernement a annoncé dans la foulée une baisse des taxes sur le carburant agricole.
«Une partie de la crise est liée à la surproduction»
Parmi les revendications des producteurs européens, figure le maintien des quotas (plafonds autorisés de production), dont la disparition est prévue en 2015. Or, depuis deux ans, les quotas laitiers augmentent d’1% chaque année. Une incitation à la surproduction, selon le syndicat européen de la profession (European Milk Board).
«Il faut d'une manière ou d'une autre préserver les outils que nous avons, y compris les outils de maîtrise de la production que sont les quotas aujourd'hui», a plaidé le ministre français de l'Agriculture, Michel Barnier, à son arrivée à Bruxelles. Jugeant que la hausse des quotas depuis deux ans jouait un rôle dans la chute actuelle des prix, Michel Barnier considère également «qu'une partie de la crise est liée à la surproduction». «Je ne me résous pas à voir disparaître les quotas laitiers, sans qu'on ait trouvé un autre système de maîtrise de la production», a-t-il ajouté.
Une position partagée par l’Allemagne. «Nous voulons qu’avant qu’une nouvelle hausse de quota puisse intervenir, examiner si le marché peut ou non l'absorber (...) Ce qui n'est à l'heure actuelle clairement pas le cas», a déclaré la ministre allemande de l’Agriculture.
Soutenir la filière laitière au cas par cas
Le rapprochement franco-allemand n’aura pas suffi. La Commission européenne exclut de maintenir les quotas de production. «Les quotas ne sont pas la raison pour les prix bas car nous ne produisons pas plus qu'avant», a défendu la commissaire à l'Agriculture Mariann Fischer Boel. «C’est simplement une question de demande plus faible.» La Commission peut compter sur le soutien de l’Italie et l’Espagne, dont les fromages connaissent un succès sans précédent. D’ailleurs, pour la ministre espagnole de l’Agriculture, les quotas, «ce n’est pas le moment d’en parler».
La Commission européenne envisage par contre de soutenir la filière laitière au cas par cas. L’Union Européenne pourrait ainsi délivrer ses subventions plus tôt que prévu. La France, l’Allemagne et l’Autriche demandent en outre des aides à l’exportation plus élevées. Ce qui n’est pas sans irriter les producteurs espagnols, qui se plaignent depuis longtemps de l’intrusion des produits laitiers français sur leurs terres.
Baisse de 30% du prix aux producteurs en un an
En France, des blocages ont eu lieu dans toute la France pour empêcher l'accès aux usines appartenant aux industriels comme Lactalis et Sodiaal. Dans l'ouest de l’hexagone, première région laitière, à peu près tous les sites de transformation ont été bloqués.
Les producteurs demandent «une date de négociation nationale pour les prix des livraisons du mois de mai qui doivent être payés en juin», a expliqué Jean-Michel Lemétayer. Selon les agriculteurs, le prix du lait payé aux producteurs est de 30% inférieur à celui d'avril 2008. Ils réclament un prix tournant autour des 305 euros les mille litres, alors qu'il tourne actuellement autour de 210 euros.
Les producteurs, industriels et coopératives se réuniront jeudi à Paris afin de trouver des solutions permettant de sortir de la crise laitière.
Avec agence