Avec «Le Ruban blanc», le cinéaste autrichien, Michael Haneke a réussi son chef-d'oeuvre, un film d'époque dans un très beau noir et blanc, qui ne surligne pas trop ses effets pour raconter la vie dans un village allemand en 1913. En primant Charlotte Gainsbourg, le jury enfonce le clou : on n'est pas là pour rigoler. La performance de l'actrice est remarquable, mais c'est le seul argument en faveur du film de Lars von Trier.
Jacques Audiard aurait pu prétendre à la plus haute marche du podium, mais ce grand prix du jury lui va très bien. Radical dans son propos (tout se passe en prison), Un prophète est sans doute le plus « grand public » des films primés hier soir. A l'exception d'Inglourious Basterds, qui permet à Christoph Waltz, la seule « non star » du film de Quentrin Tarantino, de repartir avec un prix. Exit Pedro Almodóvar, Jane Campion, Marco Bellocchio, Elia Suleiman ou Ken Loach. Au lieu de cela, ce sont des cinéastes en devenir qui ont reçu les accessits : Nuits d'ivresse printanière remporte le prix du scénario (sans doute pour le courage de Lou Ye d'avoir réalisé un film sur l'homosexualité en Chine). Le prix de la mise en scène revient à Kinatay, où Brillante Mendoza filme de nuit et en temps réel l'enlèvement d'une prostituée par un gang philippin. Les prix du jury sont attribués à Fish Tank, d'Andrea Arnold et Thirst, de Park Chan-wook, des films assez mineurs.
Au contraire d'Alain Resnais, cinéaste majeur et réalisateur cette année d'un film qui méritait sûrement mieux qu'un « prix exceptionnel ». Un tel lot de consolation, Sean Penn en avait accordé un l'an dernier à Catherine Deneuve et à Clint Eastwood (qui n'était pas venu le chercher). Il ne faudrait pas que ça devienne une habitude.