Derk-Jan Eppink est un singulier personnage. Pour ce Hollandais, ancien haut fonctionnaire à la Commission européenne (Bruxelles), cette institution est une «princesse», et ceux qui y travaillent sont des «mandarins». Une référence aux fonctionnaires chinois sélectionnés pour servir l'empereur sur la base de concours sévères. «Pour le grand public, la Commission ça ne veut rien dire. En l'appelant "la Princesse", j'ai voulu lui donner un visage plus humain», explique Eppink.
Au cabinet de Bolkestein
Dans son livre Petits secrets et grandes intrigues - Complots, mensonges et trahisons à la Commission européenne (éd. Saint-Simon), il revient sur ses sept années passées dans les coulisses de la Commission. D'abord en tant que journaliste, puis au sein du cabinet du commissaire européen Frits Bolkestein, l'auteur de la directive controversée sur la libre circulation des services dans l'UE.
Son regard est sans concession. Selon lui, la Commission est peuplée «d'individus brillants, qui pensent savoir ce qui est bon pour la population mais sans jamais lui parler». Provocateur, il est «fier de dire (qu'il a) su maîtriser les techniques de l'intrigue, de la tricherie et de la tromperie sans lesquelles un serviteur de "la Princesse" ne peut espérer survivre».
Le Conseil européen est périmé
Eppink explique aussi qu'il suffit parfois d'apprendre quelques «trucs» pour contourner le système. Par exemple en recourant à une «procédure écrite» : « Si personne n'objecte, la proposition devient projet de loi (...). Mais personne ne sait comment, pourquoi ou par qui» c'est arrivé.
Les choses ne s'arrangent pas lorsqu'il évoque le Parlement (Strasbourg). Le journaliste évoque la difficulté d'unir des députés européens aux profils divers qui privilégient leurs intérêts, pour pouvoir adopter une directive.
Le Conseil européen n'est pas épargné non plus. Selon Eppink, cette institution est «un concept qui a dépassé sa date de péremption» et qui ne pourra être réformé sans Constitution européenne.
Europhile convaincu
Malgré tout, Eppink reste un europhile convaincu. Si bien qu'il a décidé de se présenter en Belgique aux élections européennes de juin prochain pour « changer les choses de l'intérieur », assure-t-il. « L'UE doit mieux choisir ses priorités. Au moment de la crise, la Commission aurait dû proposer une ligne d'action commune. Au lieu de ça, le président Barroso était focalisé sur le réchauffement climatique, en pensant déjà à l'héritage qu'il laisserait. Le commissaire au Marché intérieur n'a rien fait non plus. Il a dormi alors qu'il était évident que la crise arrivait des Etats-Unis vers l'Europe. » Ambiance ! Eppink assure pourtant que ces anciens collègues ont apprécié son livre.