INTERVIEW - Alex Türk, Président de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil)....
Qu’est-ce qui inquiète la Cnil?
Nous sommes sur un terrain ambigu où tout se mélange. Ce qui est en jeu, c’est le droit à la vie privée. Nous baignons aujourd’hui dans une atmosphère de liberté. Il y a erreur. Nous sommes dans une logique d’échanges commerciaux pas encore balisés par le droit.
C’est vrai pour Facebook?
Quand je m’inscris, je participe au développement de Facebook qui met à ma disposition un service technique. Mais si Facebook fait du profilage avec mes données pour développer son marketing, qu’est-ce que j’ai en échange? Il faut assurer aussi la protection du consommateur. Le problème de fond est que les sociétés américaines qui considèrent les données personnelles comme une valeur marchande ne veulent pas appliquer le droit européen qui les protègent.
Etes-vous saisi par des particuliers?
Nous voyons arriver des gens qui ont eu des soucis à cause de photos ou d’autres éléments de vie privée qui ont eu des conséquences sur leur vie professionnelle. Certains n’ont pas été recrutés à cause de ça.
Il n’y a pas de réticence à utiliser les données récupérées via l’Internet?
Les policiers assurent qu’ils arrivent à en savoir plus par les réseaux sociaux que par leurs fichiers. Le problème, c’est que ce sont les premiers à râler contre le fichier Edvige [destiné à remplacer l’ancien fichier des Renseignements généraux] qui mettent d’eux-mêmes des informations les concernant sur la Toile. Ils pensent qu’à partir du moment où ils n’ont rien à se reprocher, ils n’ont rien à cacher. Mais de fait, ils renoncent à leur intimité, alors qu’il faut absolument la protéger.
Recueilli par David Carzon