Seulement 34 % des citoyens de l'Union européenne (UE) se disent «certains d'aller voter» du 4 au 7 juin prochains, selon un sondage Eurobaromètre. «Le taux de participation a toujours été très faible, avec une tendance à la baisse. C'est partout pareil, ce scrutin est perçu comme ayant peu d'enjeux», analyse Fabio Liberti, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).
En cause notamment: le manque de pédagogie sur le fonctionnement des institutions européennes. Selon Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert-Schuman, ce manque d'intérêt est aussi imputable aux partis politiques nationaux, qui «oublient de dire que les mesures sont européennes quand elles le sont, et qui font souvent des institutions européennes leur bouc émissaire». Quelques bons élèves se distinguent toutefois, comme l'Italie ou l'Allemagne. «On voudrait atteindre 50% de participation, précise Jo Leinen, député allemand au Parlement européen. Mais on constate de nouveau une sorte de distance et de passivité envers l'Europe.» Si le débat européen peine à éclore, c'est aussi parce qu'en Allemagne, les législatives se tiendront en septembre prochain. La Belgique et le Luxembourg, eux, devraient pulvériser les scores de participation avec un taux bien supérieur à la moyenne. Sauf que, dans ces pays, le vote est obligatoire... Et une forte participation ne signifie pas pour autant que les citoyens soient plus intéressés que dans les autres nations par le débat européen. «Au Luxembourg, les partis débattent, il y a des affiches, mais on ne sent pas d'engouement», décrit ainsi le député européen luxembourgeois Robert Goebbels.
Du côté des nouveaux entrants d'Europe de l'Est, les taux de participation sont très faibles. «Il ne faut pourtant pas en déduire un désintérêt pour l'Europe, assure François Bafoil, chercheur au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri). La construction politique européenne est étrangère à ces pays, ce qui n'empêche pas que la population se sente européenne. Ils font une vraie distinction entre le politique et l'économique.» En Pologne par exemple, où le taux de participation s'élevait à 20 % en 2004, «des sondages révèlent que 50 % des Polonais ne savent pas que les élections se tiendront le 7 juin», relève Dominika Rutkowska, Polonaise et permanente du Mouvement européen France. De même, en Roumanie, «on annonce que la participation pourrait atteindre 30%, mais c'est un chiffre optimiste», indique Cristian Pirvulescu, président de l'ONG Asociatia pro democratia. Il constate pourtant «un sentiment d'appartenance à l'Europe, mais une trop faible connaissance des institutions». Pour Jean-Dominique Giuliani, il faut «politiser les enjeux de la campagne, en attendant la mise en place d'un scrutin paneuropéen [un vote commun le même jour]. Sinon, il n'y a pas de raison que cela change ».