Nicolas Sarkozy, président de l’unique et indivisible République française, va-t-il fredonner un chant régionaliste? C’est tout le piment de l’avant-match entre Rennes et Guingamp, samedi soir. Avant la finale de la Coupe de France, le Bro gozh ma zadoù, hymne officieux de la Bretagne, sera diffusé dans l’enceinte par les sonos du Stade de France. Un chant régionaliste dans le temple de l’équipe nationale: en 92 ans de Coupe de France, ce n’est jamais arrivé.
Poussé par ces deux clubs et certains officiels, le Conseil régional en a fait la demande à la Fédération française de football. Une requête acceptée cette semaine par une FFF un peu gênée, qui met en garde. «Nous ne voulons surtout pas créer un précédent. Si l’année prochaine, il y a deux clubs corses en finale, nous ne nous sentirons bien sûr pas obligés de diffuser l’hymne corse», glisse-t-on du côté de la Fédé. Du coup, l’hymne n’a été qu’à moitié intégré au protocole. Pour ne pas entrer en conflit symbolique avec la Marseillaise, il sera diffusé une heure ou une heure et demie avant l’hymne national, à l’entrée des Bagads, les orchestres traditionnels bretons qui animeront l’avant-match.
Récupéré à toutes les sauces
Devant la levée de boucliers provoquée par cette exception au sacro-saint principe d’unicité de la République, les élus de l'ouest à l’origine de cette initiative ont réagi. «Avec ce chant, les Bretons expriment une appartenance collective à la Bretagne, à la France et à l’Europe», a argumenté Jean-Yves Le Drian, président socialiste du conseil régional de Bretagne. Rien que ça. «Il y avait une vraie demande de la part de nos supporters qui ont voulu entendre ce chant. On l’a ensuite relayée auprès du conseil régional», explique-t-on du côté du Stade Rennais, qui ne diffuse pourtant jamais cet hymne dans son stade de la Route de Lorient. Même son de cloche du côté de Guingamp. Régulièrement entonné dans les festivals interceltiques et récupéré à toutes les sauces, l’hymne breton n’est pourtant pas très connu dans les trois départements.
Sur «www.lepoint.fr», Jean-Yves Le Drian est même allé jusqu’à souhaiter que Nicolas Sarkozy fredonne ce chant écrit en 1898 sur l’air de l’hymne gallois et récupéré tout au long du XXe siècle par des mouvements indépendantistes bretons, qu’ils soient d’extrême gauche (les communistes fusillés à Châteaubriant dont Guy Mocquet l’entonnèrent en l’honneur du Docteur Jacq, militant breton) ou d’extrême droite. L’Armée Révolutionnaire Bretonne (ou ce qu’il en reste) l’insère encore en fond de ses vidéos sur youtube. De toute façon, une heure et demie avant le match, Sarkozy ne sera pas arrivé…
Et vous qu'en pensez-vous? Les chants régionaux peuvent-ils être intégrés au protocole républicain? Ou est-ce un danger?