Le blocage des prisons, pour la deuxième journée consécutive, a été marqué mardi par des interventions «musclées» des forces de l'ordre qui ont alourdi le climat des négociations entre la Chancellerie et les syndicats pour améliorer les conditions de travail des surveillants. Les négociations, entamées vers 10 heures, se poursuivaient vers 20 heures place Vendôme entre les trois principaux syndicats (Ufap, FO et CGT) réunis en «entente» et le cabinet de la garde des Sceaux Rachida Dati.
La garde des Sceaux va prendre le temps nécessaire
Jean-François Forget, de l'Ufap-Unsa, a parlé d'un climat «assez douloureux et tendu». Les syndicats insistent pour obtenir des effectifs supplémentaires «car on ne peut plus continuer à subir plus de 10.000 détenus en trop dans les prisons françaises», a expliqué Christophe Marquès de FO. Ils réclament aussi un «accompagnement» social des 24.300 surveillants, en proie à «un ras-le-bol général» et dont dix ont mis fin à leurs jours depuis le 1er janvier.
A l'Assemblée, Rachida Dati a cité comme «avancées majeures» la création d'un bureau d'aide sociale ainsi que «des augmentations d'effectifs, notamment la nuit dans les petits établissements pénitentiaires». Sur les 1.264 créations d'emploi prévues en 2009, 177 devraient revenir en priorité aux 60 plus petites prisons (sur 194). Les «modalités de contrôle des arrêts maladie», durant lesquels les primes sont supprimées, devraient également être modifiées, a promis la garde des Sceaux. En outre, les surveillances spéciales des détenus jugés potentiellement suicidaires devraient être revues.
Le ministre du Budget Eric Woerth a pour sa part exclu toute nouvelle augmentation des crédits de l'Administration pénitentiaire. Pour les syndicats, le compte n'y est pas. «La pénitentiaire est à l'agonie et on ne va pas la soigner en deux heures. Il faut que les copains restent mobilisé», a insisté Christophe Marquès. Au final, «ce sont les personnels qui jugeront» les résultats des discussions, a rappelé Jean-François Forget.
Les leaders syndicaux étaient arrivés très remontés à la table des négociations. Alors qu'en région les accès des prisons ont été dégagés sans heurts, il y a eu des interventions «musclées» pour dégager les barrages en région parisienne. Les forces de l'ordre ont usé parfois de gaz lacrymogènes et de matraques à Fleury-Mérogis (Essonne), Fresnes (Val-de-Marne), Bois-d'Arcy (Yvelines) ou à la Santé à Paris. «Il est scandaleux que le gouvernement traite le conflit de cette manière», a fulminé Céline Verzeletti, de la CGT.
Les syndicats ont prévu que le blocage «progressif», qui a touché depuis lundi les extractions des détenus, soit étendu mercredi et empêche l'accès aux prisons des intervenants extérieurs (avocats, éducateurs, visiteurs). Malgré les négociations en cours, «le dispositif de mobilisation initialement prévu pour mercredi reste inchangé», a fait savoir l'intersyndicale dans un communiqué en début de soirée.