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Une évacuation de tentes, plusieurs versions

Des agents municipaux embarquent les tentes de l'association (en haut). Libéré, 
un sans-abri revient sur le campement pour récupérer quelques affaires (au centre). Vers 3 h 30, les SDF attendent le petit matin aux alentours du commissariat (en bas).
Des agents municipaux embarquent les tentes de l'association (en haut). Libéré, un sans-abri revient sur le campement pour récupérer quelques affaires (au centre). Vers 3 h 30, les SDF attendent le petit matin aux alentours du commissariat (en bas)./

Il est 1 h hier matin, et les vingt-cinq Enfants de Don Quichotte installés quai Sturm depuis jeudi viennent d'être délogés par la police. « Vers minuit, on a vu plein de voitures arriver, témoigne Guillaume, un lycéen présent au moment des faits place de la République. Puis on a entendu des cris et ils ont enlevé tout le monde. » Direction le commissariat du Heyritz, pour un contrôle d'identité de trois heures.

Un laps de temps suffisant pour qu'une équipe des services techniques de la ville embarque les tentes de l'association dans un camion-grue. « Pour des personnes qui n'ont rien, c'est un malheur », peste Juliette, une sympathisante des Don Quichotte. Une guitare dans une main, deux sacs dans l'autre, elle négocie avec un policier de pouvoir garder les affaires personnelles de ses amis SDF. Au bout de plusieurs minutes, l'agent accepte sur ordre de sa hiérarchie. Juliette récupère de la nourriture et des couvertures. Le reste est emporté par les fonctionnaires de la ville. « Je viens d'apprendre que la police nationale nous a demandé de stocker le matériel, indique Robert Herrmann, premier adjoint au maire (PS), contacté vers 2 h 30. Il ne s'agit pas d'un coup de main de la ville, mais de faire en sorte que les affaires soient gardées dans de bonnes conditions. » Elles ont été rendues en fin de matinée à leurs propriétaires.

Un soulagement pour les SDF, qui ne décolèrent pas pour autant. « Ils nous ont défoncés, dénonce Renaud Engel, trésorier des Don Quichotte, à sa sortie du commissariat vers 3 h 30. Nous avons été parqués dans la cour et certains policiers nous ont traités de "merdes". » Même son de cloche du côté de Jean-Lou, l'un de ses compagnons. « Je me suis pris des coups de pied. » Les accusations fusent. Les sans-abri évoquent l'usage de matraques et de Taser. « En me tirant de ma tente, on m'a déchiré mon pantalon, le seul que j'ai », déplore Sébastien. Monique, une Allemande de 19 ans, grelotte. N'ayant pu mettre ses chaussures lors de l'intervention, elle passera le reste de la nuit en chaussettes. « J'étais couchée quand la police est arrivée, raconte-t-elle. J'ai eu peur. Ils m'ont mis la tête par terre et attaché les mains avec des bracelets en plastique. »

« Il n'a été fait usage à aucun moment de bâtons de défense, de gaz lacrymogène ou de Taser », assure pour sa part Luc-Didier Mazoyer, directeur départemental de la sécurité publique. Ni de menottes, à l'exception de la jeune Allemande qui, selon lui, était en pleine crise « de démence, d'hystérie ». Conduite à l'hôpital, elle sera néanmoins amenée rapidement au commissariat puis relâchée... sans chaussures. « Elle n'a peut-être pas jugé utile de les prendre », commente Luc-Didier Mazoyer.

Démentant « toute violence », il explique que le démantèlement du campement a fait l'objet d'un travail de surveillance depuis plusieurs jours. Samedi vers 5 h 30, une première tentative avait échoué, Alexandre Glardon, le président des Don Quichotte Strasbourg, ayant menacé de se pendre à une barrière surplombant l'Ill. Pour éviter qu'il s'exécute, la police était repartie au bout de deux heures. Hier, anticipant la « dangerosité » que le militant pouvait représenter, les hommes du GIPN l'ont immédiatement neutralisé. Placé en garde à vue, il a été libéré vers 18 h. Son interpellation fait suite à sa participation, fin mars, au relogement illégal d'une famille dans un appartement de Hautepierre, dont elle avait été expulsée. Il est convoqué devant la justice le 5 novembre pour avoir cassé une porte.

L'intervention a été menée « avec tact, mesure et humanité », a précisé hier le préfet, Pierre-Etienne Bisch. Le dialogue avec les Don Quichotte étant « constant », rien, selon lui, ne justifiait leur campement sur « le domaine public ». Mettant en avant les dispositifs d'hébergement d'urgence existant dans la région, le représentant de l'Etat a également précisé que « seize places » allaient être proposées aux membres de l'association. D'autres solutions seraient aussi étudiées par la direction départementale des affaires sanitaires et sociales. Les Don Quichotte envisagent néanmoins de porter plainte contre la police pour « brutalité » et souhaitent manifester samedi après-midi en centre-ville. W

Philippe Wendling Photos : Gilles Varela
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