Les Français disputent à partir de vendredi les championnats d'Europe de judo à Tbilissi, capitale de la Géorgie. L'occasion de s'intéresser au judo spécifique de cette ancienne république soviétique avec Patrick Rosso.
Pourquoi la Géorgie est-elle devenue une nation majeure du judo?
Ce n’est pas nouveau. Les combattants géorgiens ont toujours été de redoutables judokas. Mais avant la chute de l’URSS, ils appartenaient à l’équipe russe. Ils ont acquis une renommée lors des deux dernières olympiades où ils ont gagné des titres et des médailles. Ils ont aussi été champions du monde par équipe en 2002 et 2006, ce qui n’est pas un hasard. Cela prouve bien qu’ils sont une des meilleures nations du judo actuellement.
Les «puristes» disent souvent qu’ils n’aiment pas le judo géorgien, qu’a-t-il de si particulier ?
C’est un judo haché, très agressif et très efficace. Les judokas géorgiens aiment le corps à corps. Ils ont un certain penchant à attaquer aux jambes directement pour arracher leur adversaire. C’est ce style que dénoncent les «puristes» (les Japonais et les Français, notamment). Cette façon de combattre est liée à leur culture. Les Géorgiens sont élevés, depuis leur plus jeune âge, à la Chiba Oba, une lutte ancestrale très populaire dans les fêtes de villages. Avec pour seul équipement une veste en cuir, ils luttent pour devenir des champions.
A terme, n’y a-t-il pas un risque que le judo s’apparente à la lutte?
C’est le dilemme effectivement. Pour endiguer ce phénomène, la Fédération internationale a renforcé les règles d’arbitrage, jugées trop permissives. Désormais, certaines attaques sont sanctionnées. Mais d’un autre côté, le style géorgien a apporté beaucoup au judo, notamment au niveau du kumikata (prise de garde). A tel point que les Japonais, puristes s’il en est, viennent régulièrement chez eux pour les étudier. Et nous aussi d’ailleurs.
Vous êtes en ce moment à Tbilissi, quelle ambiance règne dans les gradins?
On se croirait dans une arène. Le public géorgien a le judo dans le sang et il y a toujours une ambiance survoltée. Il n’y a qu’à voir le dojo plein à craquer. Ça peut paraître impressionnant au premier abord, mais c’est très stimulant pour les athlètes de sentir un public bouillonnant derrière eux. Ça les pousse à se surpasser.