Elle enrage depuis sa chambre de bonne à Paris: «Je me retrouve en dehors du monde du travail!» Ophélie n'a pourtant que 25 ans, l'âge de s'élancer à l'assaut du marché de l'emploi. Parlant le russe, elle a enchaîné Sciences-Po, deux masters, une flopée de stages en cabinet de conseil. Mais voilà, la porte du CDI - ou d'un CDD intéressant - lui claque systématiquement au nez. « J'en ai marre de travailler cinquante-cinq heures par semaine pour la gloire. J'ai besoin de bouffer. » Depuis la crise, elle voit d'anciennes offres de CDD revenir sous forme d'offres de stage. Comment remédier au sous-emploi des jeunes ? « Il faut valoriser ceux qui travaillent et se débrouillent, ce qui n'est pas le cas actuellement », propose-t-elle. Et, accessoirement, interdire qu'un vrai poste soit occupé par plusieurs stagiaires diplômés et non rémunérés.
Face à la crise, les jeunes sont les premiers à trinquer, plus encore que les seniors. « Le poids de la flexibilité du travail repose en grande partie sur leurs épaules. Ils sont de plus en plus souvent embauchés en CDD et la crise ne va pas améliorer leur situation, surtout pour les non-diplômés, analyse Olivier Galland, chercheur au CNRS, membre de la commission Hirsch et auteur des Jeunes Français ont-ils raison d'avoir peur ? (Armand Colin). Actuellement, 60 % des jeunes actifs de moins de 25 ans ont un emploi instable ou sont au chômage, alors qu'ils n'étaient « que » 40 % en 1980. « Ils seront aussi les premiers à profiter de la reprise », tempère le spécialiste.
Une bourse six mois après l'obtention du diplôme?
En attendant, il faut bien redonner un peu d'allant aux jeunes Français, parmi les plus pessimistes d'Europe quant à leur avenir, selon diverses enquêtes. Pieter, étudiant en droit à l'université du Havre, est boursier. Il panique à l'idée de « se retrouver démuni à la fin de [s]es études et d'être obligé d'accepter n'importe quel job précaire ». Alors, il partage l'idée défendue par la Confédération étudiante d'une bourse maintenue six mois après l'obtention du diplôme. « Sinon, plusieurs mois peuvent s'écouler sans aucun revenu », reprend-il.
D'autres jeunes, comme ceux du syndicat étudiant Unef, vont plus loin : ils prônent une « allocation d'autonomie » inspirée du modèle danois. Chaque bachelier toucherait, jusqu'à son premier emploi stable, 900 euros par mois. Assistanat ? « Au contraire, les jeunes prendraient leur envol et ne seraient plus dépendants de leurs parents », répond le président de l'Unef, Jean-Baptiste Prévost. Adieu les Tanguy malgré eux, obligés de rester chez leurs parents faute de ressources propres, exit les étudiants qui décrochent parce qu'ils sont salariés en parallèle ? Pas sûr. Même l'autonomie, en temps de crise, devient un luxe.