INTERVIEW - Le rappeur a répondu aux questions de 20minutes.fr...
Orelsan, le rappeur de Caen, est devenu bougrement célèbre depuis
la polémique autour de son clip diffusé en ligne, «Sale pute», dont les paroles ne font pas dans la dentelle. Il était
venu à 20minutes.fr avant cette affaire. Il est revenu, entre un concert à Rennes et celui au Printemps de Bourges, prévu samedi soir, pour raconter où il en était.
Vous appréhendez le concert au printemps de Bourges après la levée de boucliers?
Non. Il ne se passera rien de spécial. Je suis confiant, je ferai mon concert le mieux possible.
Découvrant le titre «Sale Pute», Valérie Létard, secrétaire d’Etat pense proposer une loi contre les insultes sexistes. Qu’en pensez-vous?
Valérie Létard n’a pas compris que «Sale pute» était une fiction, et pas du tout un appel à la maltraitance envers les femmes. C’est une vieille chanson, que je ne chante plus sur scène depuis six mois, que j’ai également retiré de mon MySpace car mon style d’écriture avait évolué depuis. La misogynie, la violence, ce sont des sujets graves, qu’il faut combattre sur le terrain, pas en s’en prenant à des artistes. Je suis la mauvaise cible.
Qu’est-ce que cette polémique va changer à la façon dont vous allez écrire vos prochaines paroles?
Je n’aime pas écrire deux fois sur le même sujet, mais si je veux composer une chanson sur un sujet sensible, je ne vais pas m’en empêcher. «Orange mécanique» de Stanley Kubrick, ou certains films de guerre, ont parfois choqué. C’est souvent le cas quand on cite une phrase sans son contexte. Regardez le film «American History X»: à un moment, l’un des personnages s’exclame «sale nègre». Si l’on sort cette phrase du film, on peut penser que c’est un film raciste, d’où l’importance de dire que c’est une réplique d’un personnage. Je suis têtu, mais je ne ferai pas de provocation. Pour l’instant, je n’ai encore rien réécrit depuis cette histoire, donc on va voir.
Votre album s’appelle «Perdu d’avance», l’un de vos titres «Peur de l’échec», et vous chantez même que vous êtes «la version humaine de Calimero»... Mauvaise passe?
Au départ, je rappais sans conviction, je me disais que ce que je faisais n’était pas intéressant, jusqu’à ce que des internautes regardent de plus près ce que je faisais. Pour rire, je leur ai dit que c’était perdu d’avance, et c’est devenu le nom de l’album. Pour le reste, je voulais mettre en scène la période de ma fin d’adolescence, une période pleine de doutes, de remises en question, de sida, de chômage, de désillusions amoureuses.
C’est-à-dire?
Tu as 20 ans, tu veux kiffer la vie mais tu n’y arrives pas. Tu veux être le plus beau gosse, le plus cool, avoir plein de meufs tout en ayant envie de te poser, d’être bien avec une femme que tu connais bien et avec qui tu es bien. Parfois, tu bois trop, du coup, tu es lourd quand tu dragues, du coup, tu es frustré de tout rater. C’est flippant quand tu es jeune, les relations de couple...
Pas que quand tu es jeune...
Ce ne sont pas que des trucs d’ado. La peur de l’échec, les déceptions sentimentales, c’est pour tout le monde, les 14-15 ans comme les 35-36 ans.
Vous êtes dans quelle phase en ce moment?
Dans le néant du passage entre le premier album, que j’ai mis dix ans à écrire, entre mes 15 et 25 ans, et le deuxième. Je ne peux pas refaire la même chose, et à la fois, je ne peux non plus faire des ballades, cela serait trop différent et risquerait de larguer les gens qui me suivent.
Recueilli par Alice Antheaume
Orelsan = aurél + san «Je m’appelle Aurélien. Donc mon surnom, c’est aurél. Ensuite, j’ai rajouté le suffixe «san», un mot japonais qui signifie «monsieur».