CULTURE - Les réactions au rejet du texte Création et Internet, dit Hadopi, sont mitigées...
Après le fiasco du texte Création et Internet -
rejeté à l’Assemblée nationale lors du vote final ce jeudi midi, les
politiques se taclent à l’envi, Nicolas Sarkozy «n’entend pas y renoncer quelles que soient les manœuvres dérisoires qui n’ont comme seul effet que de nuire à la diversité de la création» et les internautes se
paient une bonne tranche de rire. Du côté des industries culturelles et des artistes, la division est nette.
Les heureux
Pour l’instant, rares sont les artistes qui se sont faits entendre. Mais côté cinéma, ceux qui le font le disent haut et fort sur un
blog récemment créé et intitulé «Pour le cinéma». «Réjouissons-nous de cette victoire pour les libertés, pour le cinéma et pour la culture!», réagissent en chœur Victoria Abril, Catherine Deneuve, Clotilde Hesme, Louis Garrel, Chiara Mastroianni, Jeanne Balibar, Christophe Honoré qui avaient déjà signé cette semaine une
lettre ouverte anti-Hadopi dans le journal «Libération».
«La diversité de la création doit dès aujourd'hui revenir au centre de la réflexion sur les enjeux de la révolution numérique, peut-on lire sur leur blog contestataire, au même titre que la protection des libertés individuelles et des auteurs. Complètement oubliées dans ce projet de loi, elles sont pourtant les poumons de la création».
Les déçus
Marc Guez, le directeur général de la SCPP (Société civile des producteurs phonographiques), dénonce la magouille des députés de l’opposition, venus en masse dans l’hémicycle voter contre la loi alors que plusieurs députés UMP étaient dans le même temps partis déjeuner, empêchant la majorité de faire le poids. «Ce n’est pas une attitude responsable de la part du PS. C’est un guet-apens. Les artistes qui soutiennent cette loi se souviendront longtemps de l’attitude des députés socialistes», menace-t-il, faisant référence aux musiciens comme Françoise Hardy, Renan Luce ou San Severino qui
s’étaient réunis au théâtre de l’Odéon pour soutenir la loi.
Sans surprise, les sociétés d’ayant droits (la
SACD, la
SCAM et
l’ARP) qui soutenaient le projet de loi ont rédigé un communiqué commun dans lequel elles «déplorent» ce rejet: «Ce vote négatif empêche la levée des obstacles qui pesaient sur le développement des offres légales et, en particulier, l’aménagement très positif de la chronologie des médias qui avait suscité le consensus des députés et des sénateurs.» La
chronologie des médias, c’est le temps prévu entre la sortie dans les salles de cinéma d’un film et la publication, quatre mois après, de ce même film en DVD et en VOD. Se voulant pédagogique, le communiqué des sociétés d’ayant droits rappellent que le «non» à Hadopi «a pour conséquence directe de maintenir pour seule sanction en cas de téléchargement illicite une amende pouvant aller jusqu’à 300.000 euros et une peine de prison comprise entre 0 et 3 ans», une disposition prévue par la
loi Perben II sur la contrefaçon de 2004.
Alice Antheaume