Ces séquestrations qui inquiètent les patrons

Publié le 9 avril 2009.

CONFLITS SOCIAUX - Retour sur un mode d'action qui déchaîne les passions...

Séquestration. C’est le mot à la mode, sur lequel tout le monde possède un avis éclairé, l’épouvantail agité par chaque bord de la classe politique. Il s’agirait de l’obsession de tout syndicaliste encarté, la cauchemar du moindre patron. Et une exception française regardée avec curiosité par le magazine «Time», qui utilise le terme «bossnapping» pour la nommer.

Mercredi, les trois principales organisations patronales (Medef, CGPME, UPA) ont fait part de leur inquiétude dans un communiqué. «La crise économique à laquelle nous sommes confrontés génère beaucoup de souffrances individuelles et collectives, pour des salariés, bien sûr, et aussi pour des chefs d’entreprise. Il ne s’agit nullement de les contester ou de les minimiser. Mais quelle que soit la gravité des situations rencontrées, il ne peut pas être accepté que l’on déroge à la loi».

Selon eux, «les réponses à apporter à des conflits sociaux doivent se trouver par la négociation libre et consentie entre les parties, par l’intervention des pouvoirs publics dans le cadre de leurs prérogatives, le cas échéant par recours à la justice».

Une déclinaison de la mobilisation collective

Sony, 3M, Caterpillar, Scapa… Une série noire qui déchaîne les passions. Comme le piquet de grève, la séquestration est une déclinaison de la mobilisation collective, un prolongement toujours plausible dans le conflit social. Dans les années 1970, l’instrument de la rétention était à la mode. Son retour, exacerbé par la crise donc extrêmement médiatisé, va dans le sens de ce que nous confiait récemment le sociologue Guy Groux, qui observe, aujourd’hui, «des mouvements très durs, très déterminés». Mais contrairement à l’année 1968, «les occupations d’usine et les mouvements sont isolés».

Derrière l’aspect spectaculaire se cache une réalité complexe. La vigilance constante des Renseignements généraux et des préfectures locales, qui explique qu’aucun incident n’a été relevé lors d’une séquestration. L’efficacité à court terme, aussi, d’un mode d’action qui permet souvent d’accélérer des négociations interminables et de gonfler les indemnités de licenciement des salariés. A long terme, en revanche, la séquestration n’a jamais évité une délocalisation ou la fermeture d’une entreprise.

L’attitude des dirigeants séquestrés, qui n’engagent presque jamais de poursuites, ne doit pas être assimilée à un quelconque syndrome de Stockholm. Plutôt à une acceptation de cette pratique dans les règles du jeu.

A travers le récit de la longue nuit des patrons de Sony dans les Landes et un décryptage de la légalité de ces actions, 20minutes.fr vous propose de mieux comprendre la séquestration. Et de la commenter, ici.
M.Gr.
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