REVUE DE PRESSE - Vos quotidiens reviennent ce lundi matin sur cette première dissension entre les présidents américain et français, aux charmantes épouses si complices à Strasbourg...
Particulièrement inspirés, les éditorialistes glosent ce lundi matin sur le couple franco-américain aux sourires scintillants, insistant entre le fossé entre le choc des photos people et le
poids des mots sur la Turquie.
Ainsi, «La Nouvelle République», lyrique. Particulièrement lyrique: «Elles ont fait assaut de sourires et d'amabilités.
Michelle et Carla s'embrassent. Michèle a même offert une guitare à Carla. Barack, qui, preuve est faite, connaît bien son ami français, a fait pour Nicolas un cadeau encore plus beau: une douce et affectueuse main sur l'épaule dans le champ parfaitement repéré des caméras. Ah, si le couple franco-américain était à l'image des couples Sarkozy-Obama, l'Atlantique nord n'aurait même plus besoin de traité.»
Cette façade dorée cache pourtant quelque chose, poursuit le quotidien du Centre-ouest: «En réalité, sous les congratulations pour papier glacé, retour dans l'Otan ou pas, la lune de miel peine à cacher totalement quelques traces de fiel.
Exemple: la Turquie! Barack Obama souhaite l'ancrer à son camp via l'Union européenne. "Mêle-toi de ce qui te regarde" lui répond en substance Nicolas Sarkozy qui entame ici un nouveau bras de fer, bien plus fort que le roquefort!»
Dans «L'Est Républicain», Chantal Didier ne se veut pas dupe. «Il y a les sourires et les poignées de mains chaleureuses et il y a la réalité. Sans faire grief à Nicolas Sarkozy de prendre ombrage de la popularité de Barack Obama, force est de constater que les deux hommes sont loin d'être sur la même longueur d'ondes. La sortie du président américain sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne et la réponse en revers du chef de l'Etat français le démontre.»
«L'un cherche à forcer le destin tandis que l'autre prend son temps»
Pour l’éditorialiste lorraine, l’apaisement washingtonien se dresse parfois contre la fougue sarkozienne plus qu’il ne la complète: «L'un cherche à forcer le destin tandis que l'autre prend son temps. A Prague, lieu d'un sommet USA-Union européenne, le président américain a donc souhaité que cette dernière ouvre ses portes à la Turquie. Opposé à cette entrée, Nicolas Sarkozy a aussitôt rétorqué qu'il n'en était pas question et jugé que la question relevait des Européens avant tout.»
«Le Progrès» n’est pas en reste. Sa plume est virulente, comme les desseins qu'il prête au locataire de l’Elysée: «"Occupe-toi de tes affaires": c'est en termes à peine plus diplomatiques que notre Président a envoyé promener en Turquie le président américain. Il savait ce qu'il faisait, notre Président. Son bras d'honneur ne pouvait mieux monter, alors qu'il est accusé de brader l'indépendance nationale dans l'Otan. Mais l'impromptu turc a aussi pour vertu de nous rappeler que Barack Obama est avant tout citoyen des Etats-Unis.»
Sur cette Turquie où il a entamé une visite primordiale dimanche soir, Obama aurait donc enfin dévoilé son vrai visage. Pas celui du gentil basketteur du dimanche qui pourrait jouer allègrement dans une pub pour Colgate. Non, l’autre: «Très différent de George Bush, plus jeune, plus noir, plus enclin au compromis - mais pareillement américain sur quelques sujets: la Turquie en Europe, la lutte contre le terrorisme, ou encore le tabou du dollar préservé au G20. Et le problème, avec Obama, c'est justement son charisme, sa manière d'imposer en douceur quand Bush tentait le passage en force. Oui, il sera difficile de dire "non" à Obama - sachant qu'il est recommandé d'user du bras d'honneur avec modération.»
«Comme tout président américain, il entend rester le leader du monde»
«Un bras d’honneur», le Progrès nous donnerait à penser que le «Casse-toi pauv’ con d’Obama» suivra bientôt. Nous n’en sommes pas là, nuance «Libération Champagne», plus pédagogue: «Barack Obama n'est pas sans ignorer qu'il s'immisce là dans le pré-carré des Européens. D'ailleurs, Nicolas Sarkozy le lui a aussitôt rappelé: "c'est aux pays membres de l'Union européenne de décider". Il n'est pas non plus sans savoir que le chef de l'État français est farouchement opposé à l'adhésion de la Turquie. Aussi qu'il se soit permis cette intrusion en dit long sur ce qu'il pense réellement de lui.»
Le quotidien régional conclut de façon péremptoire: «Reste que, comme tout président américain, il entend rester le leader du monde. Et en prenant position sur la Turquie, c'est une façon de le rappeler à Nicolas Sarkozy.» Devenir calife à la place du calife n’est vraiment pas chose aisée.
Avec agence