RUGBY - La Ligue se réunit jeudi pour mettre en place un dispositif de régulations des masses salariales dans le Top 14...
Alors qu’à Londres, un G20 exceptionnel planche sur la refonte de l’économie mondiale, la Ligue Nationale de Rugby (le LNR) a préféré Grenoble pour décider jeudi de mesures contre les masses salariales exponentielles des clubs français.
«Salary cap», le mot emprunté aux ligues fermées nord-américaines est lancé. Chargé de ce dossier, le vice-président de la LNR, Patrick Wolff, estime qu’il est temps de «fixer un montant maximum de masse salariale que les clubs, collectivement, ne puissent pas dépasser».
«Une dérive du marché»
«On ne peut plus supporter une augmentation annuelle des masses de 15% comme c’est le cas actuellement», s’alarmait en janvier, le président de la Ligue,
Pierre-Yves Revol. Plus critique, Patrick Wolf parle même «d’une dérive du marché. Les clubs prennent des joueurs à des prix déraisonnables». Inflation des salaires, des effectifs (entre 35 et 40 joueurs), les cas d’endettements constatés à Montauban et Bourgoin, risquent bien de se multiplier dans les prochains mois ce qui inquiète Pierre-Yves Revol.
Mais entre un Jonny Wilkinson sur le point de s’engager à Toulon et un Jean De Villiers (joueur de l’année en Super 14) courtisé par Bayonne, la course à l’armement bat pourtant toujours son plein pour attirer les stars étrangères et rester compétitif. Pas facile de concilier tempérance financière et exigence de résultats. En NBA ou en NHL, le «salary cap» n’a jamais empêché pas les gros salaires, mais interdit aux franchises de multiplier les contrats et évite certaines dérives financières.
Les Anglais gèlent le «salary cap»
Dans ce sens, le groupe de travail mené par Wolff préconise un plafond salarial à ne pas dépasser. Ce plafond se calculerait sur la moyenne des trois ou quatre masses les plus importantes, comme c’était le cas dans le championnat d’Angleterre où il se situait autour de 4 millions de livres. Précurseur de ce système dans le monde du rugby, les dirigeants anglais ont pourtant décidé le 15 janvier dernier
de geler le «salary cap» pour deux ans. Une décision motivée par la crise financière qui touche les clubs de plein fouet et favorise
un début d’exode des talents vers le Top 14.
Prévu pour 2010, le «salary cap» à la française suscite la perplexité chez les présidents. Depuis son fief biarrot, Serge Blanco reproche à la LNR – qu’il présida de 1998 à 2008 – « de vouloir se donner bonne conscience». Moins affirmatif, son homologue toulousain Jean-René Bouscatel estimait dans «Libération» qu’on «ne peut pas traiter de la même façon la masse salariale d’un club qui joue le championnat et la coupe d’Europe, et un autre qui ne joue que le championnat». Avant de réguler, la Ligue devra d’abord convaincre.
Alexandre Pedro