«Les opérateurs touristiques anticipent la reprise»

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Publié le 1 avril 2009.

INTERVIEW - Alors que le salon Rendez vous en France a ouvert ses portes mardi pour deux jours, accueillant à Paris 750 tour-opérateurs de 62 nationalités, Thierry Baudier, directeur général de Maison de la France, fait le point sur l'attractivité touristique de l'Hexagone.

Quelles sont les premières indications sur l’année 2008 en matière touristique, alors que le climat économique s’est détérioré à l’automne?
Nous avons clairement observé un fléchissement à partir du mois d'octobre dernier, notamment sur l'hôtellerie. Pour le reste, 2008 avait été une bonne année, avec des chiffres assez comparables à ceux de 2007, qui était une année record en matière de fréquentation. En revanche, nous serons sur une stagnation, voire un léger retrait sur le chiffre d'affaires. La clientèle qui a fait le plus défaut est celle qui fait le plus de recette, le tourisme d'affaires et les congrès. Là, nous sommes à -20%. En outre, l’euro fort rend l'Europe pas très attractive, nous enregistrons notamment -15/20% sur le marché américain. Mais par ailleurs, le marché britannique s'est très bien comporté alors que la Grande-Bretagne est l'un des pays les plus frappés par la crise. Nous avons même de bonnes surprises, notamment sur le Benelux.

Comment appréhendez-vous l’année 2009?
Les tendances de réservation sont plutôt bonnes pour cet été. Les opérateurs anticipent largement la reprise, préparant la saison 2010. Pour cette édition de Rendez vous en France, nous avons dû refuser des exposants et nous accueillons pour la première fois des tour-opérateurs iranien, costaricain, bulgare, lituanien ou macédonien. Nous avons enregistré 17.000 rendez-vous, soit 20% de plus que l’an dernier. En revanche, nous sommes inquiets pour le tourisme d'affaires, avec des difficultés prévisibles sur le trimestre à venir.

Comment les opérateurs français s'adaptent à cette situation?

Jusque récemment, s'attaquer au prix était tabou, maintenant c’est révolu. Mais il faut être prudent, lors de la dernière crise en 1993, il a fallu cinq ou six ans pour remonter la pente. Nous devons intégrer les nouveaux comportements du consommateur. Ainsi, les délais de réservation sont passés de 45 jours à 20 jours et le web joue un rôle prédominant: 60% des étrangers qui viennent en France sont passés par Internet pour préparer leur voyage.

Dans ce contexte quels atouts la France peut faire valoir?
Notre premier atout est la proximité géographique et l’accessibilité. Ensuite le rapport qualité prix n’est pas mauvais, notamment dans la restauration. Les touristes viennent dans l’ordre pour notre patrimoine touristique, l'art et les plaisirs de vivre à la Française, notamment la cuisine, et la qualité et la préservation des sites. C’est un fait nouveau, apparu dans le baromètre d'image en 2009. Les gens nous disent «Vous êtes une destination “green” ». Mais nous vendons aussi de l'humain, une rencontre.

Pourtant la médiocrité de l’accueil est un reproche récurrent…
Les gens ne sont pas masochistes, nous n'aurions pas autant de touristes si l’accueil était aussi mauvais. Nous regardons l'arbre qui cache la forêt, Paris et les grandes villes. La ville génère un stress, qui n’est pas spécifique à Paris, c’est pareil à New York. Mais les choses évoluent, notamment par la formation. Nous apprenons aux taxis à dire quelques mots dans la langue des clients, nous sensibilisons les agents d’accueil à la façon de se présenter.

Quels sont nos handicaps?
Notre offre hôtelière, pas toujours adaptée à la demande internationale. Nous sommes ravis de la mise en place de la nouvelle classification. Nous souffrons aussi de la perception du prix. Dans l’esprit de beaucoup, la France offre un moins bon rapport qualité prix que l'Italie. Or, c’est faux.

Quels sont justement les principaux pays concurrents de la France?
L’Italie et l’Espagne au sein de l’Europe. Sur le marché chinois, le concurrent de l’Europe est l'Australie. Pour l'Inde, c'est la Suisse. Pour la clientèle nord-américaine, la Grande-Bretagne est en tête, suivie de l’Italie qui vient de nous doubler. Ils ont fait la différence par l'accueil.

Vous annoncez un accord avec l’Italie et l’Espagne, quelle en est la finalité?
Nous sommes concurrents, mais nous nous sommes dits et si finalement, on regroupait nos efforts pour aller ensemble chercher des clientèles long-courriers. Nous allons donc proposer des actions communes, pour mieux résister à la crise.
Propos recueillis par Christophe Joly
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