François Malye: «Il ne s'agit pas de stigmatiser les médecins, mais de critiquer l'institution»

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Publié le 30 mars 2009.

INTERVIEW - Journaliste au «Point» et co-auteur du «Livre noir des hôpitaux (Calmann-Lévy), il dresse un constat inquiétant sur les soins en France...

Votre magazine publie chaque année un palmarès des hôpitaux français, pourquoi faire aussi un livre sur le sujet?
Dans le palmarès, nous annonçons les meilleurs dans différentes disciplines. Mais le fait qu'il y ait des «meilleurs» implique qu'il y ait aussi des «mauvais». Dans ce livre, nous avons voulu raconter les coulisses des hôpitaux, mais aussi expliquer pourquoi il existe aujourd'hui ces inégalités incroyables.

Vous menez l'enquête depuis quatorze années. Dans quel état est l'hôpital français aujourd'hui?
Il souffre beaucoup de son immobilisme. Il se perd dans de fausses discussions, du type «on manque de moyens», et ne se penche pas sur les vrais problèmes, comme la qualité des soins. Il n'y a aucune évaluation des chirurgiens, ni des pratiques. Financièrement, le système est délirant. On se vante d'avoir «le meilleur système de santé du monde», en réalité il est globalement bon, mais avec des dérives incroyables.

Des exemples concrets de dérives?
L'hôpital d'Epinal et ses 5.500 patients irradiés, un record international. Les décès médiatisés fin 2008, qui ne sont que l'écume de dysfonctionnements qui causent 40 décès chaque jour en France. Des petits hôpitaux dans lesquels la sécurité n'est pas assurée, qui continuent de fonctionner par l'intervention d'élus locaux ou de la population, comme ça a pu être le cas à Carhaix. La liste est longue…

Dans le chapitre «ces grands malades qui nous soignent», vous racontez des histoires incroyables de médecins alcooliques ou fous, vous ne craignez pas de provoquer une psychose?
Mais les gens sont adultes, et ils ont le droit d'être informés! Nous, on ne fait que leur raconter la vérité. Il ne s'agit pas de stigmatiser les médecins, mais de critiquer l'institution, qui ne prend pas en charge les médecins déviants. Il ne faudrait pas l'écrire, parce que c'est sale, c'est pas beau? Si on ne peut plus écrire ça, autant jouer aux dominos!

Publier les indicateurs de qualité des soins, regrouper les petits hôpitaux, vous pensez donc que la politique du gouvernement va dans le bon sens?
Des grandes réformes, on en entend parler depuis 15 ans. Toutes les tentatives de regroupements d'établissements ont été des échecs jusqu'à présent. Malgré la loi Bachelot, il y aura toujours des élus, des syndicats, des collectifs d'usagers pour les empêcher. Concernant la publication des indicateurs de qualité de soins, ça se fait partout dans le monde. C'est faisable en France, les données existent, je les ai dans mon ordinateur. Mais le monde hospitalier y est violemment opposé.
Propos recueillis par Julien Ménielle
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