DEBAT - Les nouvelles règles, qui valorisent le côté artistique de la discipline, ne plaisent pas à tout le monde...
Des tenues en cuir ou en résille, portées comme une deuxième peau. Parfois une pointe de maquillage. Non, nous ne sommes pas dans les coulisses du Crazy Horse, mais dans le Staples Center de Los Angeles,
où se déroulent actuellement les championnats du monde de patinage. Une discipline artistique qui colporte son lot d'idées reçues sur la féminité des hommes qui la pratiquent.
«Quand j'étais petit, oui, j'allais au sport des filles, note Stéphane Bernadis, ex-champion, désormais en tournée avec
Holiday On Ice. Il y a une image qu'on ne décolle pas. Il faut faire avec.» Le fameux syndrome Billy Elliott. Une tendance pas prête de s'inverser, car le nouveau système de notation privilégie le côté esthétique de son sport, au détriment des prouesses techniques, au grand dam de l'ancien partenaire de Sarah Abitbol.
Des juges à séduire
«Je ne suis pas fan de cette évolution. Ça brouille les cartes. On fait la part belle aux patineurs très artistiques. Moi, je suis plus attiré par
le patinage d'un Brian Joubert que celui d'un patineur efféminé.» Car c'est bien le débat qui anime le monde de la glace actuellement. Faut-il être efféminé pour gagner? «Pas du tout, rétorque Véronique Guyon, ancien entraîneur de Joubert à Poitiers. J'explique tous les jours à mes jeunes qu'on peut être élégant et masculin.»
Pour ne pas nourrir les clichés et entretenir l'ambigüité, la coach donne un avis tranché sur les choix musicaux, les costumes et les montages chorégraphiques. «Au niveau de l'équipe de France, on n'est pas du tout dans un cursus efféminé. On enseigne plus un patinage basé sur la puissance.»
Au risque de contrarier les juges.
«Pas plus d'homos dans le patinage que dans le foot»
La plupart des observateurs sont unanimes. Aujourd'hui, la prime de risque ne prime plus. Véronique Guyon se souvient d'une «athlète géniale», Surya Bonaly qui se permettait de glisser sur toute une diagonale avant d'enclencher un saut. «De toute façon, elle grattait assez de points là-dessus... Aujourd'hui, c'est inimaginable. Il faut montrer autre chose.»
Autre chose, à savoir une allure et une gestuelle qui entretiennent le mythe du patineur androgyne, aux gestes parfois équivoques. «Il n'y a pas plus d'homosexuels dans le patin que dans le foot, poursuit Bernadis. Nous, on n'a pas cette image de machos, mais c'est tout.» Pour Véronique Guyon aussi, le raccourci est trop facile: «Comme partout, il y a des folles dans le patinage. Mais il ne faut pas associer les deux. Le patinage est un sport artistique, mais un sport avant tout.»
Qu'en pensez-vous? Le patinage actuel entretient-il les ambigüités? Appréciez-vous que l'accent soit mis sur le côté artistique de la discipline ? Dites le nous en commentaire...
R.S.