POLITIQUE - Peu de nouvelles annonces à Saint-Quentin (Aisne), mais de la pédagogie et un discours volontaire du chef de l’Etat...
Dans une salle principalement garnie de militants UMP chauffés à blanc, Nicolas Sarkozy
a retrouvé l’accent de la campagne. Transpirant comme aux plus belles heures de 2007 («la sueur le régénère», expliquait alors l’éditorialiste Catherine Nay), il est apparu très en forme pour défendre sa politique et ses valeurs.
«Mes chers compatriotes, dès le début j’ai su que la crise était grave. J'ai voulu me porter en première ligne, alors que personne ne me le demandait». Ohé ohé capitaine Sarkozy, comme il s’est nommé à nouveau, a pris «les vagues» pour la France dans la «tempête du siècle».
«Il fallait agir. Nous avons agi, c'était mon devoir», a-t-il confié après avoir énuméré les mesures prises depuis le début de la crise pour «soutenir l'activité et protéger l'emploi.»
Alain Duhamel n’était pas là, mais il a répondu aux questions: «Est-ce assez? Si la situation devait se dégrader, nous ferions davantage». Que les syndicats et l’opposition ne s’enflamment pas, pas de plan de relance en perspective. «La sagesse, le bon sens, le sang froid commandent d'attendre que tout ce qui a été décidé soit mis en oeuvre, qu'on laisse le temps à toutes ces mesures de produire leurs effets.»
Peu d’annonces, donc,
comme à Douai en décembre dernier, mais des minis projets pour occuper l’agenda présidentiel dans les semaines à venir. Les voici:
Une nouvelle réunion avec les partenaires sociaux
Sarkozy souhaite évaluer avec les partenaires sociaux «avant l'été» les mesures du gouvernement. «Je proposerai aux partenaires sociaux que nous évaluions les premiers résultats, nous le ferons avant l'été», a-t-il dit. «Au vu de la situation économique et sociale, nous réfléchirons, si cela est nécessaire, à d'autres mesures».
Le partage des profits
S’agissant du partage des profits, il a promis un projet de loi «à l'automne» si les partenaires sociaux ne parvenaient pas d'ici «juin» à bouger sur ce sujet. «Le partage de la valeur, du profit était un thème essentiel (...). J'ai l'impression que j'ai mal été compris par certains.»
Les patrons au piquet
Valeo, Société Générale... Les scandales se multiplient autour des rémunérations des patrons, ainsi que les plans sociaux, le chef de l'Etat a une nouvelle fois condamné ces pratiques. «Il ne doit plus y avoir de bonus», de «parachutes dorés» ou de «stock-options» «dans une entreprise qui reçoit une aide de l'Etat» ou qui «met en oeuvre un plan social d'ampleur». Sans évoquer une éventuelle loi en ce sens, alors que plusieurs voix de l’UMP comme Jean-François Copé, du bout des lèvres.
Un peu d’aides pour les jeunes
Sarkozy a souligné par ailleurs vouloir avant le 15 avril «un plan d'urgence en faveur des jeunes», en demandant que «toutes les pistes» soient explorées.
Depuis les Etats-Unis, François Fillon avait déjà esquissé ce mouvement. Il a confié à quelques journalistes que le gouvernement accorderait une rallonge à destination des jeunes. Le chiffre de 1,5 milliard récemment avancé par le Haut commissaire à la Jeunesse Martin Hirsch pour financer l'embauche et le salaire de 100.000 d'entre eux en contrats en alternance n'est pas jugé «déraisonnable». Mais, a également glissé le Premier ministre, cette nouvelle dépense sera le fruit de «transferts» et non de nouveaux crédits budgétaires.
Des commissaires au rapport
Le chef de l’Etat a annoncé la désignation de «commissaires à la réindustrialisation» dans les bassins d'emploi en difficulté. «Ils auront les pleins pouvoirs pour mobiliser tous les acteurs et pour agir» et «disposeront de moyens d'intervention financiers accrus avec la création d'une ligne de prêts du trésor qui permettra d'intervenir directement». Sarkozy a souhaité que «la France reste une nation industrielle», «qu'elle garde des usines, des ouvriers».
Green card
Au risque de relancer des accusations de protectionnisme, Sarkozy s'est dit favorable à une «taxe carbone» qui «permettra de faire participer les importations au financement de notre protection sociale»: «Il n'y a aucune raison que nous acceptions, en plus du dumping social, du dumping monétaire, du dumping fiscal, un dumping environnemental qui finira par conduire le monde à la ruine».
La débandade
Toujours aussi à l'aise sur le thème de la sécurité, Sarkozy a ajouté que le Parlement sera saisi «dès le mois d'avril» d'un projet de loi sur les bandes, «la seule appartenance à une bande» étant passible «d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison». Pas de surprise, cette mesure était connue depuis la semaine dernière, mais un message fort pour une partie de son électorat de 2007 qui a tranché avec le reste des annonces économiques et sociales.
M.Gr. avec agence