Isabelle Adjani, preneuse d'otages dans «La journée de la jupe»

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Publié le 24 mars 2009.

CULTURE - Décryptage des raisons d'un succès...

Carton annoncé pour le film avec Isabelle Adjani, «La Journée de la jupe». Une fois n’est pas coutume, ce long-métrage de Jean-Paul Lilienfeld a été diffusé à la télé avant de sortir dans les salles de cinéma, le mercredi 25 mars. Déjà 2.245.000 spectateurs (9,6% de parts de marché) se sont agglutinés devant Arte vendredi soir, lors de la première diffusion du film. Un record pour la chaîne, qui a d'abord été la seule à croire au projet, avant les producteurs et distributeurs du 7e art. Pourquoi une telle réussite? 20minutes.fr liste les ingrédients clés.
 
La rareté d’Isabelle Adjani
La discrétion d’Adjani rend phénoménale n’importe laquelle de ses apparitions. Lugubre dans «L’Histoire d’Adèle H» de François Truffaut (1975), fascinante dans «L’Eté meurtrier» de Jean Becker (1983), elle est de nouveau bluffante dans «La Journée de la jupe». Elle y incarne une professeur de français, Sophie Bergerac, qui décide de prendre en otage sa classe. Pour expliquer son absence au cinéma avant cela, l'actrice donne deux raisons: la paresse et son éducation. «J'ai dû me faire une violence folle pour aller vers l'extérieur sans avoir l'impression de trahir (mon père, ndlr), pour faire des interviews, même, sans sangloter, explique-t-elle. Quinze ans, déjà, d'analyse derrière moi! Accepter mon image aussi, mon corps, n'a pas été facile. Il n'y avait pas de miroir en pied à la maison, et dès que je restais dix minutes dans la salle de bains mon père criait: "Tu salis la glace!"».

La tendance «pétage de plombs»
Le personnage joué par Adjani, poussé à bout par l'insolence et le mépris de ses élèves, vit bel et bien un surmenage, le mot châtié pour dire «pétage de plomb». Revolver au poing, elle pousse l’un d’eux à dire le vrai nom de Molière, Jean-Baptiste Poquelin. Une crise qui fait écho à celle de Christian Bale sur le tournage de «Terminator Salvation», une diatribe, sidérante, qui comprend une petite quarantaine de «fuck» en 3 minutes 52. C’est dire si, désormais, le «pétage de plomb» ou de «câble», c'est selon, est une maladie professionnelle comme une autre.
 
Un thème d’actualité
Un collège, une prof déprimée, un proviseur impuissant (Jacky Berroyer), une prise d’otages, des flics sur les dents (formidable Denis Podalydès en chef des forces spéciales). A l’heure où la crise touche tous les milieux, où un sondage montre que la jeunesse est inquiète pour son avenir, et que les lycées vont être réformés, le sujet du film résonne dans l’esprit de ses spectateurs. Un film dans la veine d’«Entre les murs» et de «L’Esquive», mais en plus trash. Le réalisateur de «La Journée de la jupe» le sait bien, lui qui aimerait «qu'il soit montré dans des collèges, des lycées, où il pourrait être un outil pédagogique générateur de débats.»
 
La violence... physique et technologique

Quand Adjani, rondouillarde sous sa veste blanche, se fait traiter dans le film de «grosse vache» par ses élèves, on se dit que l’actrice - qui ne cache pas ses kilos yoyo - a de l’humour. Contrairement à ce que disait d’elle Alain Delon sur le plateau de Canal+. La violence du film ne tient pas qu’aux insultes, ou à l’issue fatale, mais aussi au lynchage via nouvelles technologies. Sophie Bergerac, revolver dans une main et téléphone dans l’autre, filme ses élèves à tout bout de champ et envoie les séquences, parfois lapidaires, à la police ou aux amis des intéressés. «Vous allez me tuer», argue l’un des collégiens qui craint le règlement de compte quand il voit sa prof rédiger un MMS qui le concerne. Et paf, «envoyer». «C’est parti», sourit Adjani, sardonique.
Alice Antheaume
Pour ne pas éclipser la sortie cinéma du film, Arte a annulé toutes les rediffusions de «La journée de la jupe» et l’a également retiré de sa plate-forme de vidéo Arte+7, qui permet de visionner les programmes après diffusion. Pourquoi ces déprogrammations sauvages? «Suite au succès de la première diffusion sur l'antenne d'Arte de "La Journée de la Jupe", la chaîne a, en concertation avec les producteurs et exploitants de salle, décidé de différer ces rediffusions (à une date encore inconnue, ndlr)», est-il expliqué sur le blog du film. «Nous incitons le public à découvrir ce film en salles à partir de mercredi 25 mars 2009, ou en DVD en septembre 2009», conclut Arte.
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