POLEMIQUE - Le conseil d'Etat belge a estimé qu'une commune n’avait pas à juger de la «correction politique ou morale, voire pénale, des spectacles»...
Interdit d’interdire. Le conseil d'Etat belge, plus haute juridiction administrative du pays, a cassé lundi la décision d'une commune bruxelloise d'interdire un spectacle de Dieudonné,
condamné à plusieurs reprises pour des propos sur la Shoah et les juifs, et qui se présente aux élections européennes
sous l’étiquette anti-sioniste.
Soucieuses des remous provoqués par les spectacles de l’humoriste, les autorités de la commune de
Saint-Josse, un quartier pauvre et multiculturel de Bruxelles, avaient en effet décidé d'interdire une représentation prévue mercredi 25 mars.
«Après avoir consulté les différents milieux sensibles ainsi que les services de police, j'ai décidé de ne pas autoriser cette manifestation pour des raisons essentiellement liées au maintien de l'ordre public», avait annoncé le maire socialiste de cette commune, Jean Demannez. «Les idées antisémites et les positions liées notamment au discours de l'extrême droite française apparaissent comme difficilement tolérables à Saint-Josse et risquent d'engendrer des débordements d'une teneur difficile à appréhender».
Guérir plutôt que prévenir
Or selon conseil d'Etat, «le collège des bourgmestres et échevins n'a pas reçu pour mission de veiller préventivement à la correction politique ou morale, voire pénale, des spectacles et moins encore à celle, supposée, des artistes qui en donnent la représentation».
Il a estimé que l'importance de la communauté étrangère de Saint-Josse - quelque 153 nationalités, que le maire avait invoquée dans sa décision - ne justifiait pas l'interdiction du spectacle.
Le conseil d’Etat a aussi rappelé que des propos qui tomberaient sous le coup de la loi anti-racisme pouvaient donner lieu à des poursuites répressives, non à une mesure préventive de police. De son côté, Dieudonné
s’était défendu en disant «avoir confronté (s)on talent à l'intempérie de la censure».
Avec agence