REPORTAGE - Au coeur du cortège parisien pour la journée d'action du 19 mars...
Ça sent la merguez et les oignons,
place de la République, vers 14 heures. Grand soleil, les buvettes et les sonos n'ont aucun mal à chauffer l'ambiance en cette nouvelle
grande journée de mobilisation. «Xavier Darcos, à la poubelle» s'époumone une militante dans un camion des syndicats d'enseignants. Un peu plus loin, un panneau annonce: «la loi Bachelot tue l'hosto». Il y en a pour tout le monde, mais le gros succès de la journée, c'est le sticker «Casse-toi pov' con», devenu un classique.
«Blancs, Noirs, on est tous ensemble, on est tous des enfants de la France». Sur un camion bardé d'enceintes et d'amplis, un grand gaillard rappe. Il s'appelle
Dawa O Mic, il est «venu manifester, parce que c'est dur pour tout le monde». Il a vu le micro et a grimpé sur la scène mobile «Art Culture». Comme la foule, le camion attend de prendre la direction de la place de la Nation.
«La crise a bon dos»
Le cortège s'ébranle. Ou plutôt les cortèges. Affluence oblige, deux itinéraires sont prévus: l'un transite par la
Bastille, l'autre file tout droit par le boulevard Voltaire. Le long de l'artère, les slogans fusent mais l'ambiance est bon enfant. Seules les vitrines des banques
Fortis et
HSBC portent les stigmates du mécontentement populaire. Quelques œufs, pas de pavés.
Aux enseignants, cheminots, personnels hospitaliers et autres fonctionnaires se sont joints les associations et les salariés du privé. Air France, Areva, Renault et bien d'autres ont envoyé une délégation. Pour les employés de la Fnac, «la crise a bon dos». Un message repris à son compte par le représentant CFE-CGC de la restauration collective, pour qui «les groupes profitent de cette crise surmédiatisée pour faire le ménage».
Record battu
Sur le bord du boulevard, un homme aux cheveux blancs regarde passer le défilé. En spectateur? «Mais non ! s'agace-t-il presque, je suis retraité, mais je suis venu manifester». Cet ancien ouvrier du livre est là «pour les jeunes, leur salaire, leur emploi» mais aussi pour sa retraite «qui a baissé de 23% en 20 ans». Ses anciens collègues arrivent, il leur emboîte le pas. La foule chemine. «On est vachement plus que le
29 janvier, hein?», se réjouit un petit homme coiffé d'une casquette CGT.
La
place de la Nation est en vue. Au milieu, Robespierre attend le cortège. «Robespierre, l'incorruptible, c'est le surnom que m'ont donné mes patrons», explique Bruno, responsable Unsa chez Vediorbis. «La crise, rappelle-t-il, c'est d'abord 500.000 emplois intérimaires supprimés». Et maintenant, ce sont les salariés de l'entreprise qui sont menacés. Ce soir, Robespierre ne reprend pas le train pour rentrer chez lui, dans le sud. La grève est finie, mais il reste à Paris, pour un Conseil central d'entreprise. On y parlera licenciements.
>>> Les témoignages de manifestants en vidéo, c'est par ici.
Julien Ménielle