Jacques de Ceaurriz: «La lutte antidopage a du retard»

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Publié le 24 mars 2009.

DOPAGE - Le directeur du laboratoire de dépistage du dopage de Châtenay-Malabry se penche sur les défis qui attendent son institution...

Depuis dix ans, Jacques De Ceaurriz voit défiler par dizaine de milliers les résultats d’analyse des contrôles antidopage. Dans son bureau du laboratoire de dépistage du dopage (LNDD), à Châtenay-Malabry, l’ancien pharmacien livre à 20minutes.fr son sentiment sur l’avenir de la traque des tricheurs…

Etes-vous conscient du mystère qui plane autour de votre laboratoire dans l’esprit des fans de sports?
Non, absolument pas. Ni moi, ni les gens du laboratoire. Parce que nous sommes relativement à l’abri des pressions. On ne travaille pas avec les sportifs. Et on manipule des numéros. Ici, c’est déshumanisé. On peut le dire, on est presque des instruments.

Comment votre travail est-il perçu par les sportifs?
Oh, très bien. En général, à 99%. Quand les sportifs viennent ici, c’est pour demander une contre-expertise après un contrôle positif. Ça peut mal se passer quand un sportif ne vient pas et qu'il envoie ses avocats. Là, on peut avoir des problèmes. Mais pas avec les sportifs.

Quel est le prochain défi du laboratoire?
On ne se fixe pas de défi comme ça. On développe des travaux de recherche et on ne cherche pas tous azimuts. On a des préoccupations propres au labo. On met l'accent sur sur les corticoïdes. On travaille sur les corticoïdes exogènes, on essaye de sortir des normes quantitatives. Parce que c’est un sujet qui fait l’objet d’affrontements. Et puis on a des préoccupations sur l’EPO, parce qu’elle évolue. Le reste, ce sont des pistes qu’on va aborder. Mais en général, on ne se disperse pas trop.

Les tricheurs ont-ils toujours autant d’avance sur les méthodes de dépistage?

C’est nous qui avons du retard! Parce que les arsenaux thérapeutiques évoluent. Les sportifs détournent l’arsenal thérapeutique. Il a toujours évolué. Ces arsenaux ont subi des changements un peu brutaux, après-guerre, jusque dans les années 1980, on consommait des produits étrangers à l’organisme. Sont venus après les produits qui ressemblent fortement aux produits de l’organisme. C’est là que s’est posé le problème de la différenciation de l’endogène et de l’exogène. On a été un peu surpris par ce progrès technologique. Puis l’arsenal va encore évoluer. On brandit aujourd’hui la thérapie génique. Ce n’est pas ce qui m’inquiète le plus parce qu’elle sera encadrée différemment. Vous n’allez pas faire de la thérapie génique en vous rendant dans l’officine du coin. Par contre l’arsenal thérapeutique va évoluer. Les produits seront toujours détournés par les sportifs. Des molécules vont pouvoir stimuler les récepteurs de l’hormone de croissance. Vont pouvoir stimuler les récepteurs de l’EPO. Ce sont des thérapies du futur.

Il vous reste aussi la possibilité d’effectuer des analyses a posteriori, même si ce n'est pas toujours infaillible...

Il ne faut pas se poser cette question sinon vous ne faites rien. L’analyse rétrospective, c’est un pari pour réduire le fossé. Entre la mise à disposition d’un outil de détection et son détournement, on sait qu’il y en aura toujours un fossé. Vingt ans, il y a quelques années. Cinq ou dix maintenant. On réduit ce fossé. Une des stratégie pour maintenir une pression sur les sportifs, c’est l’analyse rétrospective. C’est une épée de Damoclès. Bon, il faut la tenter. Ca a marché pour l'EPO. Si ça ne marche pas parce que le produit est dégradé, tant pis.

Quelle est votre relation avec les autres laboratoires. Vous êtes en concurrence?
On fait partie d’une institution où tout le monde apporte sa pierre à l’édifice. Chacun a sa propre thématique. Cela permet de couvrir un champ. Ce serait idiot que chaque laboratoire développe la même chose. Des fois, ce sont des projets en commun. Parce qu’il faut des moyens conséquents. Sinon, chacun avance de son côté.

Vous croyez à la disparition du dopage un jour?
Non, non, on ne se fait pas d’illusion. Mais il faut éviter la banalisation. Et il faut que ça se limite à des tâches professionnelles, où on peut comprendre qu’il y a un enjeu financier. Il ne faut pas que ça descende dans le sport «de bas niveau» où il n’y a que des enjeux sociaux.

Vous avez recensé des cas positifs sur le Paris-Nice?
Je ne peux pas vous répondre, les analyses ne sont pas terminées. On n’a pas de réponse urgente à faire. C’est sous dix jours. Récemment, on a eu un cas aux championnats du monde de ski à Val d’Isère. Mais on ne peut pas vous dire de qui il s'agit puisqu’on ne s’en occupe pas. Après, il y a l’inspection analytique. Chaque année, on sort environ 900 résultats anormaux. Là dedans, il y a tous les sujets qui ont des justifications thérapeutiques. Il y en a 100, 150 qui vont être sanctionnés.

Quand, vous décelez un cas, vous le prenez comme une victoire?

Non… non. On n’a pas du tout l’esprit de militantisme de l’antidopage. C’est une structure technique et scientifique. On a plus l’idée de repousser nos outils. Les outils avec lesquels on travaille. Car on est responsables de l’évolution des outils. On est dans un système où on apporte notre contribution scientifique. On est en bonne relation avec les fédérations. Le militantisme vient plus de l’extérieur. Je ne pense pas qu’on travaille par militantisme.

Mais vous aimez le sport?
Oui… Je regarde encore à la télé le cyclisme et l’athlétisme. Moins les sports collectifs. Pendant le Tour, je rentre chez moi pour voir le résumé de l’étape. Après, on se focalise sur le cyclisme et l’athlétisme par ce que ce sont les sports qui ont entamé les premiers la lutte antidopage. Et c’est là qu’il y a le plus de contrôles.
Recueilli par Romain Scotto
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