Les propos du pape sur le préservatif provoquent «la vive inquiétude» de la France
Créé le 18.03.09 à 11h21
Mis à jour le 18.03.09 à 13h56
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REACTIONS - Le Quai d'Orsay est sorti de la réserve. En France et en Belgique, c'est la consternation...
Selon Benoît XVI, non seulement le préservatif n'est pas efficace contre le sida, mais il aggrave la situation. Ces propos
tenus par le pape mardi provoquent la consternation des acteurs de la lutte contre l'épidémie. Et une grande circonspection du Quai d'Orsay. Par la voix du ministère des Affaires étrangères, la France a exprimé mercredi sa «très vive inquiétude devant les conséquences» pour la lutte contre le sida des propos du pape.
Michel Kazatchkine, le président du Fonds mondial de lutte contre le sida, a demandé au pape ce mercredi sur France inter de «retirer ses propos». «Ils sont inacceptables, c'est une négation de l'épidémie», a-t-il affirmé. «On dit que "la mauvaise gouvernance tue". Cette fois-ci, les limites sont dépassées», a-t-il ajouté. Le directeur de l'Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS),
Jean-François Delfraissy, a quant à lui affirmé à l'AFP ce mercredi être «catastrophé» par ce message «consternant» et «contre-productif».
Alain Juppé outré
Du côté politique, l'ancien Premier ministre
Alain Juppé (UMP), interrogé ce mercredi par France Culture, a estimé que «ce pape commence à poser un vrai problème». Le maire de Bordeaux a cité la réintégration d'evêques «dont l'un est l'apôtre - si j'ose dire - du négationnisme», l'excommunication au Brésil et l'affaire du préservatif. Il se dit de religion catholique «parce que je suis né dedans» et parce que «je suis attaché aux valeurs chrétiennes». Mais «aller dire en Afrique que le préservatif aggrave le danger du sida, c'est d'abord une contreverité et c'est inacceptabe pour les populations africaines et pour tout le monde», a-t-il poursuivi.
«Il y en a assez maintenant de ce pape», a pour sa part réagi
Daniel Cohn-Bendit, estimant que ses propos relevaient «presque du meurtre prémédité». Le président de l'asociation Elus locaux contre le sida,
Jean-Luc Romero, a également déclaré ce mercredi être «totalement scandalisé et sidéré», considérant qu'il s'agissait d'«un message de mort adressé aux Africains».`
Les propos du pape en vidéo ici:
«Espérance de vie de 32 ans au Swaziland»
«Faudrait-il rappeler au pape que l'Afrique subsaharienne reste la région la plus durement touchée par le VIH et représente 67% du total des personnes vivant avec le VIH et 72% des décès dus au sida en 2007?», a demandé Jean-Luc Romero dans un communiqué.
«Faudrait-il rappeler à Benoît XVI que l'espérance de vie au Swaziland n'est que de 32 ans? Faudrait-il lui rappeler que le seul vaccin disponible reste aujourd'hui le préservatif?», a ajouté le conseiller régional DVD d'Ile-de-France.
«Une vision doctrinaire dangereuse»
La veille, la ministre belge de la Santé
Laurette Onkelinx avait elle aussi fait part de sa «stupéfaction» et de sa «consternation». Pour la ministre, «de tels propos tenus par le chef de l’Eglise au 21e siècle, en dépit des recommandations unanimes du monde scientifique en la matière, sont le reflet d’une vision doctrinaire dangereuse», ajoute-t-elle dans un communiqué.
Tant Benoît XVI que Jean Paul II ont toujours implicitement ou directement critiqué l'utilisation du préservatif pour lutter contre le sida, en évoquant exclusivement «l'abstinence» et la «chasteté» pour enrayer cette maladie.
Dans l'Eglise catholique, on voit poindre les critiques. Et d'abord celle du prêtre des loubards
Guy Gilbert, sur RTL: «L'Eglise reçoit des coups de bâton de partout. Elle en mérite certains, quand même. Mais Benoît est quelqu'un que j'aime bien. Il est humble mais il est déphasé de ce que vivent les gens.» Guy Gilbert évoque un vrai fossé entre le pape et ses ouailles: «Son boulot est de dire ''Maîtrisez votre sexe' mais ça me surprend qu'il ne comprenne pas que, malheureusement, la capote est nécessaire actuellement pour éviter la mort.»
C. F. (avec agence)
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