Les Y'a bon rigolent quand ça va mal

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Publié le 18 mars 2009.

RECOMPENSE - La première cérémonie parodique récompensant les déclarations racistes a eu lieu mardi soir...

Rions contre, mais aussi avec, le racisme. Contradictoire? «Non, essentiel pour mener à bien le combat anti-racisme», estime Rokhaya Diallo. Elle préside l'association Les Indivisbles à l'origine de la première cérémonie parodique des Y'a bon awards. Mardi soir, les Y'a bon – titre inspiré par la publicité Y'a bon Banania – ont récompensé pour les dénoncer les politiques, journalistes, essayistes, auteurs «des propos les plus racistes».

>> Tout le palmares des Y'a bon awards est ici

Parmi les premiers lauréats figurent Pascal Sevran pour le prix «A titre posthume», Alain Finkielkraut pour le prix «Tu l'aimes ou tu la quittes», Yvan Rioufol du Figaro pour le prix de «L'académie bien française» ou encore Luc Ferry pour le prix «Le bruit et l'odeur». Il a devancé Philippe Candeloro et son «Je pense qu'elle aura mérité un bon bol de riz» adressé à une patineuse asiatique. «Ce genre de dérapage est à distinguer des propos d'un Nicolas Sarkozy, ou d'autres, qui ont fait de ces sorties un fond de commerce, détaille Rokhaya Diallo. Mais on ne veut rien laisser passer. Pour que les personnalités réfléchissent avant de parler. On combat la banalisation de certains propos publics.»

Par le rire, donc. «Une forme de combat à la fois très ancienne et typique d'une époque, estime Jean-Marie Denquin, professeur de droit public et auteur de Langage et politique. Très ancienne parce que brocarder, sur le mode humoristique, les comportements méprisants des politiques se fait depuis des siècles. Avant on leur mettait une marionnette, du plâtre sur la tête et on leur balançait des tomates en riant. Même si, comme ici, le fond était sérieux. Il s'agit à la fois d'un plaisir, d'une revanche et d'une manière de dissuader.»

Mais les Y'a bon awards «sont aussi un signe, et je le dis sans critique, de l'émergence du politiquement correct. Avant, on expliquait les propos d'un George Frêche (NDLR nommé pour l'ensemble de son oeuvre) comme une connerie de fin de banquet. Maintenant on y est beaucoup plus attentif et ces comportements sont condamnés.» Grâce, notamment, «à la télévision, à Internet, qui démultiplient l'écho de ces dérapages». Quitte à en encourager certains? «C'est un risque, poursuit Jean-Marie Denquin, qui a souvent été évoqué au sujet de Jean-Marie Le Pen. Car déraper c'est s'illustrer.» Nommé pour les Y'a bon awards, dans la catégorie «A titre posthume», le président du Front national n'a pas été récompensé.
Alice Coffin
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