Derrière les mots «perte de logement», il y a parfois des familles expulsées manu militari de leur appartement, leurs affaires emportées par les déménageurs au garde-meuble et leur trousseau de clés confisqué. Dimanche, la saison des expulsions reprend, après quatre mois d'arrêt, hiver oblige. Mais avec la crise, et l'ascension vertigineuse de la courbe du chômage, les associations d'aide aux mal-logés craignent une explosion du nombre de locataires évincés de chez eux. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: 1,8 million de familles peinent à s'acquitter de leur loyer, selon l'Insee, lequel a augmenté de 40 % en dix ans, bien plus vite que les aides au logement. Et les impayés de loyers, soit trois échéances consécutives non réglées, ont augmenté de 71 % entre 2002 et 2006. Cinq cent mille ménages se sont retrouvés l'an dernier dans cette situation, laissant présager le pire pour 2009.
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Des familles en sursis
Jeudi, Christine Boutin, ministre du Logement, a annoncé dans Le Parisien qu'«il n'y aura plus d'expulsions sans solution de relogement ou d'hébergement». Or, dans l'instruction donnée aux préfets le même jour, elle n'évoque déjà plus qu'«une proposition au moins d'hébergement provisoire», type foyer, résidence sociale, centre d'accueil pour sans-abri ou hôtel. Selon les associations, il n'y a là pas de quoi calmer les angoisses des locataires, bons ou mauvais payeurs. En outre, la loi Boutin, adoptée en février par les députés, réduit de trois à un an le délai pendant lequel le juge peut repousser l'expulsion effective. Le sursis est raccourci.
Jean-Baptiste Eyraud, de l'association Droit au logement, a conseillé, jeudi, aux gens de «rester chez eux jusqu'au bout», comme pour prendre la ministre à son propre jeu. Il voit mal les préfets être en mesure de leur proposer une solution digne, vu la tension sur le marché, notamment en Ile-de-France.
Lundi, Emmaüs prévoit de disposer sur la voie publique, à Paris, une montagne de matelas pour manifester son indignation face à la reprise des expulsions. La force publique, deux fois plus sollicitée aujourd'hui qu'il n' y a dix ans, risque fort d'avoir des journées bien remplies.