La logique économique l'a emporté. En une nuit, l'Assemblée nationale a vidé de leur substance une partie des mesures de lutte contre l'obésité et l'alcoolisme. « Les députés ont été influencés par les grands lobbys », se désolait hier matin, Noël Mamère, député Verts. L'Assemblée a voté lundi soir l'interdiction de la vente d'alcool aux moins de 18 ans, mais en même temps elle a autorisé la publicité des bières ou spiritueux sur Internet. Et elle s'est refusée à proscrire complètement la vente d'alcool dans les stations-service. « C'est un message d'incohérence qui est adressé à la population, s'insurge l'Association nationale de prévention alcoolique. Comment peut-on prendre dans le même temps des mesures restrictives et incitatives ? »
Même paradoxe en ce qui concerne la lutte contre l'obésité. Celle-ci a été désignée « priorité de santé publique », - au lieu de « grande cause nationale » comme cela était prévu -, mais les députés n'ont pas voulu interdire les publicités pour les produits sucrés ou gras à la télévision dans les quinze minutes qui précèdent ou suivent des programmes jeunesse. Raison invoquée par Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et Valérie Boyer, auteur d'un rapport sur l'obésité : publicitaires et professionnels de l'audiovisuel venaient de signer une charte de bonne conduite. « Ce n'est pas une surprise, juge Jean-Marie Le Guen, député PS. Le gouvernement n'a cessé de reculer depuis des mois. Dans les débats, on a vu arriver des députés des régions viticoles qu'on ne voit jamais et qui étaient stressés par leurs viticulteurs. Comme le gouvernement n'était pas là pour les soutenir, c'est plus facile pour faire pression sur eux. Concernant la promotion des produits gras et sucrés, des groupes de télévision ont menacé de mettre la clé sous la porte si on leur coupait cette manne. La crise n'arrange jamais les choses en faveur de la santé. » ■