SANTE PUBLIQUE - Au cours des débats à l'Assemblée, la ministre a mis un mouchoir sur ses principes concernant la publicité...
Roselyne Bachelot avait prévenu les jeunes: fini la junk food et le
binge drinking. Dans son projet de loi «Hôpital, patients, santé et territoires», elle entendait interdire aux mineurs de boire de l'alcool, et leur
faire manger des fruits et des légumes. Mais si l'Assemblée a adopté des mesures en ce sens, la ministre de la Santé a convaincu les députés de ménager les publicitaires.
«Le matraquage publicitaire est une des causes majeures d'obésité infantile»
Ainsi, l'
alcool peut s'afficher sur Internet, et les annonceurs peuvent
continuer à vanter les produits gras et sucrés avant les programmes télévisés destinés à la jeunesse. «La santé publique est passée après les intérêts économiques», a déploré ce mardi l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (
Anpaa). Des propos repris par François Bourdillon, président de la
Société française de santé publique, qui se désespère que «les enjeux économique ont primé en cette période de crise économique».
Ce spécialiste de santé publique met en garde: «Les courbes françaises sur l'obésité suivent, avec quelques années de retard, celles des Etats-Unis.» Et pour lui, «le matraquage publicitaire est une des causes majeures d'obésité infantile». Il confie d'ailleurs à 20minutes.fr que, selon lui, «ce sont les régies publicitaires des télévisions et des médias qui ont fait pression, plus que l'industrie agro-alimentaire».
L'influence des lobbys
De son côté, l’Anpaa dénonce «un message d’incohérence qui est adressé à la population». «Comment peut-on en effet prendre dans le même temps des mesures restrictives à l’offre (interdiction de vente d’alcool aux mineurs) et des mesures incitatives (autoriser la publicité sur Internet)?», s'est interrogée l'association dans un communiqué. En cause, selon elle, «une poignée de députés, militants de l’Association des élus de la vigne et du vin», qui «ont transformé un débat de santé publique en un débat sur la viticulture».
Pourtant, François Bourdillon souligne le caractère historique de
l'appel cosigné le 3 mars dernier par 23 sociétés savantes et 17 associations, appelant les députés à réglementer la publicité télévisée. «On s'est assis dessus», constate-t-il. Il reste malgré tout persuadé que «le ministère de la Santé était convaincu» et est confiant pour l'avenir. «La bataille est perdue mais nous ne lâcherons pas», assure-t-il. Et selon lui, pas de doute, les recommandations des experts finiront par être adoptées.
Julien Ménielle