CULTURE - Arrivée du numérique, difficultés à légiférer et à trouver un modèle économique viable... La descente aux enfers s'explique...
Alors que le gouvernement prépare le terrain avant l'examen à l'Assemblée nationale du
projet de loi «Création et Internet», à partir du 10 mars 2009, on évoque souvent la baisse des ventes d'albums, et leur impact sur la santé financière des maisons de disques. Mais au fond, pourquoi l'industrie du disque va-t-elle moins bien qu'avant? De fait, le marché a perdu la moitié de sa valeur depuis 2002. 20minutes.fr liste quatre raisons à cette dégringolade.
1. L'arrivée du numérique
En 1999, l'apparition de Napster, un logiciel qui permet d'échanger des MP3 gratuitement sur le Net, fait comprendre à ceux qui n'avaient pas encore piqué de cassettes ou de vinyles dans les boutiques qu'ils peuvent écouter de la musique sans débourser un rond. Sans même avoir l'impression, planqué derrière leur écran d'ordi, de frauder. A la fermeture de Napster, sur décision judiciaire en 2001, les internautes se tournent vers d'autres plates-formes de peer-to-peer comme Emule ou Kazaa.
Non seulement l'accès à la musique y est gratuit, mais les consommateurs s'habituent à jongler avec des fichiers dématérialisés. C'est ce qui va causer, peu à peu, la baisse des ventes d'albums physiques. En France, selon
les chiffres 2008 du SNEP, la vente de supports a baissé de 19.9% en un an (-132 millions d'euros), tandis que, sur la même période, les ventes numériques progressaient de 49% (25 millions d'euros).
2. La difficulté de trouver un modèle économique viable
Les ventes numériques progressent, certes, mais elles ne sont pour l'instant qu'une petite part du chiffre d'affaires des maisons de disques, autrefois assises sur des monts d'or quand il n'était question que de distribuer des albums et singles dans des boutiques réelles, pas virtuelles. Car rappelons-le, iTunes, mastodonte de la vente de musique en ligne qui détenait 70% des ventes numériques mondiales en janvier 2008 avec plus de 4 milliards de titre vendus, est détenu par... Apple, pas
par Universal ou Warner. Celles-ci ont beau nouer des partenariats avec Dailymotion ou Deezer, cela ne leur rapporte pas tant que ça.
Quant aux formules d'abonnements (via le mobile ou internet), elles n'ont pas fait leurs preuves. La vente de musiques sur la téléphonie mobile rapportait, en 2008, la plus grande part du marché numérique (56 % des ventes de musique en valeur dans le numérique), avec un chiffre d'affaires de - seulement - 10 millions d'euros.
3. La difficulté à légiférer
La loi Dadvsi en 2006, une mission Olivennes
avec des couacs en 2007, et maintenant, un projet de loi «Création et Internet». Pour régir le piratage - qui ne concerne pas que la musique, mais aussi les films et les séries, beaucoup s'y sont frottés; personne n'a encore réussi à instituer un «dispositif adapté au système français, respectueux des droits d'auteurs tout en proposant une offre légale», résume Franck Riester, le rapporteur de la loi «Création et Internet», interrogé par 20minutes.fr.
Selon lui, il faut trouver un système spécifique à la France qui doit défendre, contrairement à d'autres pays, des «filières culturelles fortes avec des emplois non délocalisables». Et éviter que Steve Jobs, le patron d'Apple, se gausse d'une loi Dadvsi - finalement non appliquée. «L'application par la France de la directive européenne sur le copyright aboutira à du piratage parrainé par l'Etat», avait-il asséné.
4. Le divorce entre consommateurs et industrie du disque
Entre l'industrie du disque d'un côté et les consommateurs de l'autre, la rupture est désormais consommée. La preuve dès 2004 avec cette campagne de communication orchestrée par le SNEP (Syndicat national des éditeurs phonographiques) qui montre un doigt d'honneur derrière les barreaux, accompagné du slogan «la musique gratuite a un prix». L'heure de la répression avait sonné: tout pirate s'expose,
rappelait l'affiche, à 300.000 euros et 3 ans d'emprisonnement.
Aujourd'hui, avec la riposte graduée prévue par la loi «Création et Internet», tout pirate s'expose à une suspension de sa connexion à l'Internet après deux avertissements. Une idée que
l'association «La Quadrature du Net» juge «imbécile».
Alice Antheaume