L'audience aujourd'hui au procès Colonna s'annonce musclée. D'un côté, doivent déposer à la barre les premières épouses des membres condamnés du commando qui a assassiné le préfet Erignac le 6 février 1996. Des femmes qui ont donné le nom d'Yvan Colonna durant l'enquête, et qui, lors du premier procès, fin 2007, l'avaient dédouané du bout des lèvres, au point de produire l'effet inverse sur la cour. De l'autre, la défense doit interroger ce matin le policier Philippe Frizon, n° 2 de l'antiterrorisme et homme clé de l'enquête.
Hier, l'audition de Frizon a été l'occasion d'un nouvel incident dans ce procès sous haute tension. Pendant près de deux heures, le policier a détaillé quasiment minute par minute l'enquête : l'arrestation du commando et de leurs épouses en mai 1999, les gardes à vue de 96 heures, les aveux au fur et à mesure de la plupart des interpellés, avec, à chaque fois, Colonna désigné comme le tireur sans que son nom soit « soufflé » par les policiers, jure Frizon. Une déposition au final terrible pour l'accusé.
N'y tenant plus, la défense du berger de Cargèse explose, invoquant une torsion du droit. « M. Frizon donne connaissance et commente les déclarations des témoins avant même qu'ils aient été entendus par la cour, c'est un détournement total du principe de l'oralité des débats », argue Me Maisonneuve. Son confrère Sollacaro y va plus franchement, fustigeant le président Wacogne : « Vous ne présidez rien ! Vous êtes un bateau ivre, c'est scandaleux ! » La cour, qui déjà le matin avait rejeté la demande d'une reconstitution, suspend dans un climat de chaos. « On ne sera pas des carpettes ! », prévient l'avocat général Kross. Reprise du combat ce matin. ■Bastien Bonnefous