Elie Semoun dans le film «Cyprien», sorti le 25 février 2009 sur les écrans français/DR
CULTURE - Raillé puis porté en triomphe, cette figure du gars scotché à à son ordinateur est passée, au fil des ans, du statut d'infréquentable à celui de d'homme branché populaire...
Le type timide à lunettes, féru de comics et de science, les yeux rivés en permanence sur son ordinateur et parlant un langage incompréhensible, voici le geek tel que se le représente Elie Semoun dans son film «Cyprien», sorti mercredi sur les écrans. Une image un brin désuète qui rappelle qu’avant de prendre sa revanche, le geek a dû se battre pour être reconnu comme un être humain normal.
1983 – «War Games»
Tout geek qui se respecte est un passionné d’informatique qui aime bidouiller les codes et titiller les failles des réseaux ultra sécurisés des Etats ou des grands groupes industriels. C’est le parti pris du film «War Games», qui raconte l’histoire d’un amateur de jeux vidéos qui déclenche sans le savoir le compte à rebours d'une troisième guerre mondiale.
Le geek est vu comme un hacker et fait peur. Une méfiance ancestrale. «La première figure du geek est celle du savant fou, récurrente au cinéma américain, qui alerte sur les dangers de la science», explique Samuel Laurent, auteur du blog «Suivez le geek». Dès le départ, le geek part donc avec un handicap. Des années plus tard, en 2008, cette crainte sera tournée en ridicule par Joss Whedon et sa mini-série «Dr Horrible», dans laquelle le personnage principal fait preuve d’une autodérision ravageuse, se jouant des clichés dont les geeks ont été victimes. La série ne sera diffusée que sur le Net.
1984 – «Riptide»
Dans les rizières du Vietnam, deux beaux gosses bodybuildés se reconvertissent en détectives privés et font rimer quotidiennement drague et courses-poursuites en hors-bord. Au milieu, un scientifique maladivement timide qui a plus d’échanges avec son ordinateur et le robot qu’il a créé qu’avec le reste de l’humanité. Incapable d’assurer lors des interventions musclées, il reste cantonné à la fabrication de gadgets électroniques. Le geek est un être renfermé mais son savoir quasi mystique est très utile.
1985 – «Une créature de rêve»
Etre populaire ou ne pas l’être… Cette règle qui régit chaque lycée ne joue pas en faveur des geeks, souvent considérés comme des losers et souffre-douleur de leurs camarades. Dépités par tant de haine, deux lycéens créent un programme informatique qui donne naissance à la femme parfaite. Le film qui a inspiré la série «Code Lisa». Un geek nouveau est né: drôle et sympathique, il est également capable de transcender son introversion naturelle pour occuper le devant de la scène. Au passage, le geek se montre de plus en plus intéressé par la gent féminine, pour laquelle il va jusqu’à délaisser son ordinateur.
Où l’on découvre que le geek est un adepte de la théorie du complot. The lone gunmen, alias le trio des paranos, sont des amis de Fox Mulder, l’agent chargé de plancher sur les mystérieuses affaires non-classées. «Ce trio cumule les clichés: les geeks y sont décrits comme des asociaux dont personne ne comprend ce qu’ils font», souligne Samuel Laurent. Avec eux, le geek devient pourtant une figure de résistance dans un monde incertain et gouverné par une élite corrompue et véreuse. Le geek, nouveau libérateur de l’humanité?
1999 – «Matrix»
Neo est la figure ultime du geek qui s’accomplit. «Le mythe du geek est forgé sur l’image d’un petit gars féru d’informatique qui va découvrir un secret depuis son ordinateur et va faire tomber un gouvernement ou une machination», souligne encore Samuel Laurent. Une destinée quasi messianique.
Le geek devient un héros qui n’est pas sans rappeler ceux qu’il adulait dans les comics. Une logique que l’on retrouve dans le film «Opération espadon», sorti en 2001.
Une évolution normale pour Samuel Laurent. «Aujourd’hui, tout le monde a Internet. Les geeks ne sont plus des marginaux, ils sont plus nombreux qu’avant. Ils ont également grandi, avec leur code, en prouvant que le jeu vidéo par exemple n’est pas un facteur de repli sur soi mais peut être un élément de socialisation.» Au passage, le geek gagne en sex-appeal: exit les lunettes imposantes et l’inquiétante asociabilité, les personnages de geek sont désormais incarnés par Keanu Reeves, Hugh Jackman ou Zachary Levi (pour la série «Chuck») et apparaissent à l’aise et intégrés. Même reconnaissance pour les «geekettes», qui, de «Matrix» à «Millenium» en passant par la série «24 heures chrono», s’imposent dans un univers jusque-là masculin.
Mieux: le geek devient une nouvelle figure de l’homme moderne, dont on ne cherche plus à se moquer mais à qui on chercherait à ressembler. L’heure de la revanche a bel et bien sonné.
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