Le plus frappant lorsque vous rencontrez Laura Riedinger sur un stand de tir, c'est la transformation qui s'opère au moment où l'Alsacienne de 21 ans sort son pistolet. Une jeune femme discrète, réservée et plutôt effacée laisse soudain la place à une athlète de haut niveau que rien ne pourrait déconcentrer.
« C'est un truc de famille », glisse la benjamine des tireuses de l'équipe de France pour expliquer sa venue à cette discipline. Voir son père et son oncle parcourir les stands de tir de la région n'est assurément pas étranger à cette vocation précoce. « J'ai commencé à 8 ans. Après six années à l'école de tir, j'ai décidé d'aller au pôle France du Creps de Bordeaux. »
Eloignée de sa famille, elle restera quatre ans dans ce sport-études. « J'y ai progressé techniquement, mais j'étais trop stressée en compétition. Je n'arrivais pas à me lâcher. » La jeune fille a besoin de voir autre chose, de revenir en Alsace. Sa durée d'entraînement hebdomadaire est alors réduite de moitié, passant de douze à six heures. Malgré cela, les résultats suivent. L'intéressée avoue même timidement avoir connu un « déclic ».
Son bac STT en poche, la pistolière se tourne vers une école de graphisme. « A un moment, j'ai pensé devenir policière ou gendarme, comme plusieurs membres de l'équipe de France [ses deux leaders, Walter Lapeyre et Franck Dumoulin], mais je me suis rendu compte que ce n'était pas des métiers pour moi. J'ai besoin de faire des choses différentes du tir pour trouver un équilibre. »
Laura Riedinger enchaîne les places d'honneur dans les différents championnats nationaux. Elle en profite d'ailleurs pour récupérer le ruban tricolore d'une médaille récoltée à l'occasion afin de se confectionner un porte-clés. Par superstition peut-être.
Un nouveau cap est franchi l'été dernier quand la jeune licenciée au club d'Harthouse, près de Haguenau, remporte son premier titre de championne de France au tir au pistolet à 25 m. Suit l'équipe de France, juste après les Jeux olympiques de Pékin. Ces mêmes JO qu'elle avoue avec gourmandise avoir suivi nuit et jour. Peut-être en pensant à ceux de Londres, dans trois ans. « Ça fait rêver. Mais je laisse venir les choses. Je n'ai pas d'objectifs aussi lointains », confie-t-elle, toujours en chuchotant. Un peu de patience et la jeune femme fera du bruit. ■