Les békés se disent blancs comme neige

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Publié le 25 février 2009.

Cigare à la main, Patrick Vial-Collet salue ses employés, qui servent ti-punchs et planteurs sur la terrasse surplombant le lagon. Ex-président du Medef local, à la tête d'un groupe hôtelier de 400 salariés, il est antillais. « Mulâtre », précise-t-il, né d'un père savoyard et d'une mère guadeloupéenne. Sa peau est claire. On raconte que lorsqu'un enfant naît « chabin » (pâle), la famille est satisfaite.

« Les gens en veulent aux békés, mais leur pouvoir économique s'est estompé depuis trente ans », explique-t-il. Ces dernières semaines, les descendants des colons ont été accusés de « prendre les Guadeloupéens encore pour des esclaves », dixit un militant LKP. Et de s'octroyer les richesses. Les frères Blandin tiennent l'automobile, les Hayot la grande distribution, les Le Métayer Leader Price, etc. « Où sont les policiers ?, hurlait un homme un soir d'émeutes. Ils surveillent la maison de M. Hayot au lieu de protéger la population. »

Les grandes familles blanches sont-elles responsables de la crise ? Un jeune patron blanc, né ici, reçoit dans sa maison posée sur la falaise. « Avec les métropolitains et l'Etat, les békés servent de boucs émissaires. Selon la saison, on souffle sur l'un ou l'autre. L'inégale répartition des richesses existe partout, mais elle est décuplée ici car le territoire est petit », analyse-t-il. Il juge « pipeau » la rengaine selon laquelle 80 % de l'économie est détenue par 1 % de békés. L'association Tous créoles a publié une liste prétendant que si un quart de la grande distribution est bien entre leurs mains, le reste appartient à des mulâtres, noirs ou chinois. « Les Guadeloupéens ne sont pas des entrepreneurs, mais des intellectuels. Ils sont médecins, avocats, professeurs. Le pouvoir économique ne les intéresse pas », assure Patrick Vial-Collet. Il éteint son cigare et raconte : « Quand je me suis lancé dans les affaires, mon grand-père était déçu. Il voulait que je sois huissier. » Certains békés sont rentrés en métropole, le temps que les esprits se calment. Ils reviendront quand les écoles rouvriront. Une enseignante souligne que dans son lycée, Blancs et Noirs se côtoient. Entre les familles, il y a une « coexistence pacifique ». Mais les événements ont attisé les rancoeurs du passé. ■

Laure de Charette, envoyée spéciale à Pointe-à-Pitre
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