Fermez le ban. La cour d'assises spéciale de Paris a tenté de sonner, hier, la fin de la récréation qui déstabilisait depuis presque deux semaines le procès en appel d'Yvan Colonna pour l'assassinat du préfet Erignac en 1998. Les magistrats ont rejeté un complément du supplément d'information demandé par la défense du berger de Cargèse. Ils estiment qu'il n'y a « pas d'élément nouveau » ressortant du premier supplément provoqué par l'épisode Didier Vinolas et les déclarations de cet ancien haut fonctionnaire, à propos de deux hommes.
Les avocats d'Yvan Colonna, décidés à mener une « guerre des tranchées », avaient auparavant fait valoir que trop de questions restaient en suspens et qu'on ne pouvait « se contenter d'une demi-vérité ». « Ce dossier, qui n'est pas un dossier normal, exhale la pourriture », avait estimé Me Gilles Simeoni, dénonçant notamment avec ses confrères, « le manque total de transparence » de la cour, comme « le soupçon et le doute qui entachent désormais ce procès ».
A l'inverse, les parties civiles et le parquet général avaient invité la cour à rejeter le supplément d'information bis, dénigrant la « stratégie d'évitement » et la « guérilla judiciaire » de la défense, aux seules fins de « ne surtout pas aborder le fond du dossier ». « Nous devons entrer maintenant dans le procès d'Yvan Colonna », avait exhorté Philippe Lemaire, l'avocat de la famille Erignac.
Colonna, justement, a de nouveau interpellé la cour. « Ne croyez pas que j'ai peur des débats », a lancé le berger corse aux magistrats, affirmant vouloir « aller au bout ». Provocateur, il a méprisé le rejet. « Allez-y, mais personne ne sera dupe », a-t-il déclaré, répétant être « condamné d'avance ». « Depuis mai 1999, on a vitrifié le dossier, l'affaire Erignac est réglée, je suis l'assassin, au nom de la raison d'Etat. » ■