«On était venus exprès pour le voir, on est dégoûtés!» Penchés au-dessus de la machine qui délivre les billets aux abonnés, Naofel et Rabbah, 14 ans, ronchonnent: «On va être obligés d'aller aux Halles, à Paris, et de se payer le train.» Dans le hall de l'UGC de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), où le deuxième volet de Banlieue 13 n'est pas diffusé, les cinéphiles ne cachent pas leur déception. «Un film sur la banlieue qui ne passe pas en banlieue, vous trouvez ça logique? demande Samia, 27 ans. J'avais vu le premier, et la bande-annonce m'avait donné envie de voir la suite. Je trouve vraiment dommage qu'il ait été catalogué.» Yannick, un jeune professeur qui a prévu d'aller jusqu'à Paris pour voir «Ultimatum», avoue ne pas comprendre la décision d'UGC: «J'ai posé la question au guichet, on ne m'a pas répondu. Ils ont peut-être peur qu'il y ait des incidents.»
Les quinze salles du multiplexe UGC de Rosny, l'un des plus fréquentés de France (2 millions d'entrées par an), sont-elles particulièrement agitées ? «C'est vrai qu'ici, on ne peut pas toujours profiter de sa toile tranquillement, admet Céline, professeur elle aussi. Il y a souvent des jeunes qui braillent au fond de la salle.» Mais à part ces clients parfois peu discrets et des fauteuils un brin déglingués, les habitués s'accordent à dire que les débordements sont rares. «Il y a parfois des altercations - une jeune fille est même sortie en boitant l'autre jour -, mais ça n'est pas lié aux films qu'on diffuse», glisse un employé préposé aux tickets, entre deux flots de clients. Sa collègue soupire: «Depuis une semaine, tout le monde me demande pourquoi le film ne passe pas ici. C'est lassant, d'autant que je n'ai pas de réponse à donner.»
Pour Pascal, venu voir un dessin animé avec ses deux fistons, la réponse est claire : «C'est de la censure. Je ne vois pas pourquoi ce long métrage en particulier aurait engendré des problèmes ici. Vont-ils déprogrammer tous les films où il y a de la bagarre? Et tant qu'on y est, pourquoi ne pas interdire les concerts de rap, si on a peur des débordement?» Christelle, la quarantaine acquiesce. Tout juste sortie de sa séance, elle conclut, catégorique: «Je trouve cette décision discriminatoire. Et c'est justement en ne passant pas le film, et en faisant croire aux jeunes de banlieue qu'ils sont discriminés, qu'on risque de déclencher des débordements...»
Le maire de la ville, Claude Pernel (Nouveau Centre), vit l'affaire comme « une vexation, une stigmatisation de la ville et du département ». Il s'interroge: «Le cinéma passe des dizaines de films plus violents. Est-ce le mot «banlieue» qui fait peur? »