REPORTAGE - Descendants des colons, les «békés» sont stigmatisés par les militants du LKP...
De notre envoyée spéciale à Pointe-à-Pitre,
Un cigare à la main, Patrick Vial-Collet salue ses employés, qui servent ti-punchs et planteurs sur la terrasse surplombant le lagon. Ex-président du MEDEF local, à la tête d’un groupe hôtelier de 400 salariés, il est antillais. «Mulâtre», précise t-il, c’est-à-dire né d’un père savoyard et d’une mère guadeloupéenne. Sa peau est claire. On raconte que lorsqu’un enfant naît «chabin» (pâle), la famille est satisfaite, à croire que le blanc n’est pas la couleur de la honte.
«Les gens en veulent aux békés, mais leur pouvoir économique s’est estompé depuis trente ans» dit-il. Ces dernières semaines, les descendants des colons ont été accusés «de prendre les Guadeloupéens pour des esclaves» dixit un militant LKP (collectif contre l’exploitation). Et de s’octroyer les richesses. Les frères Blandin tiennent l’automobile, les Hayot la grande distribution, les Le Métayer les Leader Price, etc. «Où sont les policiers? hurlait un homme un soir d’émeutes. Ils surveillent la maison de monsieur Hayot au lieu de protéger la population!». Alors les grandes familles blanches sont-elles responsables de la crise?
Un jeune patron blanc, né ici, reçoit dans sa maison posée sur la falaise. «Avec les métros (-politains) et l’Etat, les békés servent de boucs émissaires. Selon la saison, on souffle sur l’un ou l’autre». Difficile de voir en ce surfeur sympathique un esclavagiste des temps modernes. «L’inégale répartition des richesses existe partout, mais elle est décuplée ici car le territoire est petit», analyse t-il, jugeant «pipeau» la rengaine selon laquelle 80% de l’économie est détenue par 1% de békés.
«Le pouvoir économique ne les intéresse pas»
L’association
Tous créoles a publié une liste montrant que si un quart de la grande distribution est bien entre leurs mains, le reste appartient à des mulâtres, noirs ou chinois. «Les Guadeloupéens ne sont pas des entrepreneurs, mais des intellectuels. Ils sont médecins, avocats, professeurs. Le pouvoir économique ne les intéresse pas», assure Patrick Vial-Collet. Il éteint son cigare et raconte: «Quand je me suis lancé dans les affaires, mon grand-père était déçu. Il voulait que je sois huissier».
Certains békés sont rentrés en métropole, le temps que les esprits de leurs voisins se calment. Ils reviendront quand les écoles rouvriront. Une enseignante souligne que dans son lycée public, blancs et noirs se côtoient. Entre les familles, il y a une «coexistence pacifique» dit-elle. Mais les évènements ont attisé les rancoeurs du passé.
Laure de Charette