Proclamée «vente du siècle», terminologie un rien idiote pour un événement de 2009, la mise aux enchères de la collection Yves Saint Laurent-Pierre Bergé est un événement artistique d'une ampleur sans égale. Rarement la formule consacrée de «dispersion» aura été aussi appropriée, dans sa dimension inéluctable et cruelle. L'ensemble de plus de sept cents pièces, réunies par le couple au cours de leur vie, est en lui-même une oeuvre d'art. Homogène et incroyablement diversifiée à la fois, la collection rassemble des objets d'art, des peintures, des sculptures et plusieurs pièces d'arts décoratifs exceptionnelles. Léger, Matisse et Ingres sont de la partie. De l'antique au moderne, avec un détour par le classique, quarante ans d'acquisitions savantes ont permis aux deux collectionneurs de constituer un univers remarquable, reflet de leur passion commune pour le beau dans son acception la plus large.
Evidemment, sur un mode sensationnaliste, on parle de records. Le seul «Instruments de musique sur un guéridon», de Picasso, est estimé aux alentours de 30 millions d'euros. Le produit total de la vente devrait atteindre entre 200 et 300 millions d'euros. Pierre Bergé réaliserait ainsi une plus-value financière qui est censée redonner confiance à un monde de l'art déboussolé par la crise économique. Les responsables de Christie's, organisateur de la vente, veulent y croire, mais tempèrent les enthousiasmes et rappellent que la vente peut être un succès sans battre de records.
Dernière visite à sa collection
En attendant les gros chiffres, Pierre Bergé a profité une dernière fois de sa collection, samedi matin, juste avant l'ouverture au public de la nef du Grand Palais, où les oeuvres sont exposées jusqu'à ce lundi. Les premiers coups de marteau des commissaires-priseurs tomberont ce soir, à partir de 19h. La vente s'étendra sur trois jours. Son produit ira à la fondation de mécénat culturel Pierre Bergé-Yves Saint Laurent ainsi qu'à la recherche médicale contre le sida. L'homme d'affaires a par ailleurs fait don d'une toile de Goya au Louvre et d'une tapisserie d'Edward Burne-Jones au musée d'Orsay. L'élégance encore, alors que ce soir, l'immense salle de vente, avec ses 1.200 fauteuils, sera comble.