Le poing levé. Les femmes de la tribune, chapeaux noirs de guingois, vêtues de tuniques en dentelle, se lèvent les premières. Elles entonnent le chant créole devenu hymne depuis le début de la fronde menée par le LKP (Collectif contre l'exploitation) il y a un mois : « La Guadeloupe c'est à nous, la Guadeloupe c'est pas à eux. » L'instant est solennel et le silence, quand les poings retombent, est impressionnant.
La foule rassemblée dans le stade de Petit Canal, à 30 km de Pointe-à-Pitre, est venue accompagner, hier après-midi au cours d'une cérémonie religieuse, le syndicaliste Jacques Bino, tué d'une balle dans la nuit de mardi à mercredi. Le stade de 800 personnes est plein. L'air étouffant. La foule est chic et blanche, couleur du deuil. Dehors les tambours grondent : « Comme chaque jour depuis des semaines, on est rassemblés », explique Marie-Elise. Elle s'interrompt dès qu'Elie Domota, leader du LKP, parle au micro du « camarade Bino », de la « tristesse » et de « la colère » ressenties par la population.
Peu avant le début d'une cérémonie encadrée par les syndicats, Ségolène Royal arrive. Olivier Besancenot et José Bové aussi sont là. Les avis sont très partagés sur leur présence. « Qu'on arrête de faire de la politique quand les gens meurent », explique l'un d'eux. « Ils arrivent pour faire leur campagne », lâche Michelle. Régis, lui, y voit « un signe d'attention pour nous, Guadeloupéens, contrairement au président Sarkozy ». Le prêtre demande le silence. Les drapeaux de la CGT Guadeloupe cessent de s'agiter. Les dames se rassoient. Se lâchent les mains, jusque-là tendues vers le ciel. ■