« J'ai peur d'être normal, d'être moyen, ni trop mal ni trop bien. » Entendre OrelSan rapper son mal-être nous fait un bien fou. Non seulement parce que le jeune Normand a une écriture inspirée, mais surtout parce que ses histoires d'adolescence manquée permettront à toute une génération d'exorciser un passé refoulé. Celui qui a grandi à Caen entre Soirée ratée (un des titres les plus drôles et acides de l'album) et angoisse de l'avenir et des filles, confesse qu'il « maquille la peur en plaisantant ».
Poseur inspiré mais compositeur « laborieux », selon son propre aveu, OrelSan aura mis plus de dix ans à oser sortir ce premier album, Perdu d'avance.Eminem ou The Streets version française, OrelSan raconte les vies ratées de losers pas magnifiques du tout. « Bof, on me compare à Eminem juste parce que je suis Blanc », précise t-il. Pourtant, lui aussi devra supporter à son corps défendant l'étiquette de rappeur générationnel. L'alcoolisme même pas branché, une vie sexuelle pitoyable, le manque de confiance en soi... Un peu gêné aux entournures quand on le questionne sur la dépression chronique qu'il décrit dans ses textes, OrelSan nous renvoie à une phrase de chanson : « Mon seul moyen d'expression, c'est de m'enfermer sur moi-même. » Mais tempère aussitôt : « Je parle de trucs que j'assumais pas du tout. Là, ça va mieux... Je maîtrise mieux mon univers. » ■