La Guadeloupe est submergée par la violence

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Publié le 19 février 2009.

Amélie se lève d'un bond et hurle en agitant son drapeau rouge : « Le voilà, il est là, il est là ! » La foule applaudit l'homme qui s'avance, tee-shirt blanc, pantalon kaki, petite moustache. Elie Domota, le leader adulé du LKP, qui dirige la grève générale depuis un mois, s'engouffre dans le Palais de la Mutualité, entouré de sa suite, la mine grave. Il n'en ressortira que pour déclarer que la Guadeloupe est « quasiment en train d'exploser ». L'île a connu deux nuits de violences urbaines impressionnantes et son premier mort, malgré les appels au calme du LKP et ceux, inaudibles, des élus locaux. Un syndicaliste a été tué dans la nuit de mardi à mercredi près d'un barrage à Pointe-à-Pitre. Si les forces de l'ordre semblent hors de cause, il reste difficile de savoir qui a tiré : les jeunes émeutiers qui tiennent les barrages en feu la nuit (lire ci-dessous) et caillassent les voitures qui passent, alcoolisés au rhum et souvent drogués à l'herbe ou au crack ? Le procureur de Pointe-à-Pitre n'exclut pas que la victime et son chauffeur aient été pris pour des policiers circulant en voiture banalisée par les bandes de jeunes.

Au commissariat de police de Pointe-à-Pitre, neuf jeunes sont en garde à vue. « Ils ont les mêmes profils que les émeutiers des banlieues françaises, assure un agent, mobilisé à Lyon en 2005. Ils sont mineurs, déscolarisés et bien connus de nos services. »

A la Mutualité, certains sympathisants du LKP refusent cette version. Eux évoquent Mai 68, « cette jeunesse désoeuvrée qui ne trouve pas de boulot à bac + 5 ». Ils soutiennent plus que jamais Domota, « celui qui nous a ouvert les yeux sur la pwofitation [l'exploitation], bien qu'il ne réussisse pas à contrôler les jeunes insurgés ». Seul et en retrait de la foule massée au soleil, un iPod dans les oreilles, Yannick, 24 ans, explique : « Les jeunes des ghettos poussent les mêmes cris que nous, à leur manière. » La nuit dernière, des dizaines de jeunes encagoulés ont pillé un magasin Leader Price à Goyave. « On est pourtant l'un des commerces aux prix les plus bas », soupire François Le Métayer, un béké qui possède, entre autres, l'enseigne sur l'île.

Difficile de savoir si les violences vont redoubler. Seule certitude : la police de Pointe-à-Pitre envoie désormais en premier ses « équipages d'agents antillais » sur les points chauds la nuit, les Blancs pouvant être pris pour cible. Et du matériel militaire arrive. Sur la place de la Mutualité, les esprits s'échauffent au fil de la journée. La colère est grande contre l'Etat, « responsable d'avoir laissé pourrir la situation ». ■

Envoyée spéciale à Pointe-à-Pitre, Laure de Charette
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