REPORTAGE - Des grappes de jeunes, enturbannés dans leur tee-shirt, tiennent des petits barrages en feu...
De notre envoyée spéciale à Pointe-à-Pitre
Un vieux frigo sorti de nulle part a atterri au milieu de la chaussée, sur les hauteurs de Pointe-à-Pitre. Quelques branchages coupés l’entourent. Et des grilles, des palettes, des voitures calcinées, encore fumantes. Il est à peine minuit dans la capitale économique de la Guadeloupe. L’odeur de plastique brûlé est bien là, des détonations résonnent, un hélicoptère tourne. Des grappes de jeunes, enturbannés dans leur tee-shirt, tiennent des petits barrages en feu, tous les 200 m environ. Ils sont grands, musclés, portent des tongs ou des baskets.
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Arrivé près d’eux, il faut faire demi-tour sans traîner. La voiture freine, sillonne entre les gravats jetés sur la route, roule sur les détritus. Un véritable gymkhana urbain, en silence. Aucun habitant ne traîne dehors ce soir.
Des magasins pillés
Sur la rocade, des palmiers, des panneaux de signalisation «stop» incendiés barrent tout à coup la deux-voies. Aucun jeune ici, visiblement. La seule solution est de faire demi-tour, en sens interdit. Jusqu’à la prochaine sortie, quelques kilomètres plus loin. En grands phares. Heureusement, aucune voiture ne circule sur la grand-route. De l’autre côté de la rambarde - mais eux roulent dans le bons sens -, une demi-douzaine de camions bleus remplis de gendarmes mobiles avance en cortège serré.
De retour sur le boulevard, un homme indique comment rejoindre Baie-Mahault, là où les jeunes ont pillé des magasins. Un Huit à huit, un Leader Price, un Général Bricolage ont notamment été attaqués. Des symboles de la grande consommation et non de la République. L’ambiance est lourde. Terrifiante? Dans le coeur de la capitale, les barrages enflammés s’improvisent minute par minute à même la chaussée. Les jeunes traînent, se regroupent, se dispersent. Aucun camion de police n’est encore là. Les insurgés tiennent la ville.
De notre envoyée spéciale à Pointe-à-Pitre, Laure de Charette