Des audiences dans l'objectif des caméras

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Publié le 18 février 2009.

Dans vingt ans, les Toulousains pourront visionner le procès de l'explosion de l'usine AZF. Hier, la Cour de cassation a confirmé la décision prise par la cour d'appel de Toulouse de filmer les audiences qui débuteront lundi et a ainsi rejeté le pourvoi formé par les deux prévenus : la société Grande-Paroisse et l'ancien directeur du site, Serge Biechlin. Leurs avocats ont dénoncé « le danger d'une surmédiatisation » et estimé que cette décision les « ravalerait » au rang de criminels de guerre, seuls procès jamais filmés en France, alors qu'ils ne sont jugés que pour des infractions de droit commun.

Le 15 janvier, Jacques Nunez, le président de la cour d'appel de Toulouse, a motivé son choix en indiquant qu'il lui paraissait nécessaire « que soit conservée grâce à des moyens audiovisuels, comme l'enregistrement des débats, la trace des discussions scientifiques sur les causes de la catastrophe industrielle (...) et que l'histoire de Toulouse soit enrichie par une "mémoire vivante" ». Un sentiment partagé par Agnès Caséro, avocate des Sinistrés du 21 septembre, l'une des deux associations à l'initiative de cette requête. « Pour nous, c'est une victoire car c'est la première fois qu'on autorise l'enregistrement audiovisuel d'un procès, non pas au nom de l'histoire avec un grand « H », mais pour l'intérêt historique de la justice et de la science. Cela va aussi contraindre l'industriel à s'expliquer clairement, de manière responsable, car une parole filmée c'est comme un écrit », insiste-t-elle.

Un point de vue qui diverge de celui des anciens salariés de l'usine, regroupés au sein de l'association Mémoire et Solidarité. Pour eux, cela « peut gêner nombre de victimes qui ne souhaitent pas être exposées au-delà de la publicité inhérente à toute audience devant une juridiction pénale ». C'est aussi ce qui motivait l'opposition à ces enregistrements de Monique Mauzac, veuve d'un salarié d'AZF. « Vis-à-vis des familles de victimes, au premier rang, c'est très dur à vivre. Mais, le côté positif, c'est d'imaginer que si les débats n'aboutissent pas, les documents permettront à des scientifiques internationaux de se plonger dans le dossier », reconnaît-elle. ■Béatrice colin

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