Filon ou vrai lièvre, l'explosion d'AZF est aussi un phénomène d'édition. Quatre enquêtes documentées sont sorties depuis janvier. Et pas une seule pour étayer la thèse « officielle » de l'accident chimique. Car si cette piste, considérée comme la plus probable à « 99 % » trois jours après la catastrophe, a été retenue après six ans d'enquête, ce sont justement les 1 % restants qui font couler autant d'encre. Avec un même postulat de départ : celui de pistes trop vite refermées pour préserver les intérêts supérieurs de l'Etat. Toutes cependant seront réexaminées au cours du procès.
Les éditions du Seuil ont dégainé en premier avec Un silence d'Etat. L'ouvrage explore la thèse de l'attentat terroriste. « C'est l'incroyable précision et le sérieux de l'investigation », qui ont convaincu l'éditeur. Ce dernier affirme avoir déjà vendu 6 000 exemplaires du livre. « Pour ce type d'ouvrage, c'est une performance », commente le chef-adjoint du rayon librairie chez Virgin où l'on sent « un vrai frémissement des ventes depuis quinze jours ».
Chez Plon, dans L'enquête assassinée, tirée à 4 000 exemplaires mais en retirage pour grimper à 10 000, les auteurs penchent pour la propagation d'un nuage gazeux explosif et font des révélations sur la « guerre des polices ». Ici, les arguments sont les mêmes : « C'est la qualité de l'enquête qui emporte la décision », explique Isabelle Drouin, la directrice d'édition. Elle se défend de surfer sur un filon. « Nous proposons un document complet sur une affaire énorme mais pas vraiment sexy. La vie privée d'une personnalité politique serait bien plus vendeuse. »
Jean-Claude Gawsewitch, éditeur d'Une Vérité foudroyante, a choisi, lui, la piste électrique. « On m'a aussi proposé un manuscrit évoquant un complot militaire, mais j'espère avoir l'auteur qui s'approche de la vérité. L'idée est celle d'un coup de gueule, pas pour faire justice mais pour mettre en lumière des choses qu'on a voulues cacher », assure-t-il. Un dessein suivi par la petite maison d'édition associative Destraboules qui tente dans AZF l'enquête secrète de faire des révélations sur une mystérieuse « trace noire ». « D'autres éditeurs l'ont refusé mais nous n'aimons pas les choses passées sous silence », souligne René Berlivet son responsable. ■